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Le dilemme du prisonnier, Richard Powers, 2013 (10/18)

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La famille Hobson est une famille atypique. Chez eux, on ne parle pas de choses sérieuses ou bien uniquement sous forme d’énigmes. Alors que tous sont réunis dans la maison familiale, le père, Eddie Hobson, fait un nouveau malaise. Depuis des années, il souffre d’un mal étrange et refuse de voir des médecins. Sa femme et ses enfants s’inquiètent de plus en plus de son état. Ils veulent comprendre l’origine de son mal en cherchant notamment dans son passé et en tentant de trouver un sens à ses énigmes.

Le livre alterne entre deux récits. En parallèle de l’histoire des Hobson, on découvre dans un texte rédigé en italique l’enfance et la jeunesse d’Eddie Hobson, mais aussi une histoire des États-Unis depuis l’Exposition universelle de 1939 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et les premiers essais nucléaires en passant par les films de propagande réalisés par Walt Disney.

Le choix de cette construction littéraire permet de donner du souffle à cette lecture qui en a bien besoin ! Le style de l’auteur est assez alambiqué, ce qui empêche de rentrer totalement dans cette histoire. Les phrases sont parfois aussi compliquées que les énigmes familiales. C’est un style qui tient à distance des émotions, ce qui parait cohérent au regard de cette famille qui évite autant que possible d’évoquer un quelconque sentiment. Seuls personnages de ce roman (en dehors des personnages présents dans les flashbacks), les membres de la famille sont tous décalés. On peine à intégrer ce groupe et à trouver sa place de lecteur. Même leurs dialogues semblent obscurs, à mille lieues de véritables échanges entre frères et sœurs.

Les passages en italique viennent donner plus de corps à l’histoire. On découvre des choses intéressantes sur la guerre notamment sur l’internement dans des camps de ressortissants japonais et américains d’origine japonaise. On suit également avec intérêt les passages sur Walt Disney et son grand projet pour entretenir l’optimisme américain pendant la guerre grâce notamment à ses personnages animés. Mais là encore tout dans ce livre est compliqué, on parvient difficilement à distinguer le vrai du faux, le réel de l’imaginaire, et à s’accrocher du fait de nombreuses longueurs.

Il est indéniable que Richard Powers est un très bon écrivain, son style est très travaillé, son intrigue menée avec un grand savoir-faire. Pourtant, la complexité du roman et le peu d’émotions qui en ressortent rendent cette lecture difficile et l’attachement à cette histoire presque impossible.

Mon père fait ce qu’il fait le mieux, la seule chose qu’il ait su faire toute sa vie. Il nous pose des colles, accable sa marmaille de questions. Où se trouve la ceinture d’Orion ? Quel est le nom latin de la Grande Ourse ? Qui connaît l’histoire des Gémeaux ? Combien fait une magnitude ? Il ne s’adresse à nous qu’en énigmes. Sortis des langes, nous apprenons à parler. Il nous met en garde contre le langage : À quel moment une porte n’est-elle pas une porte ?

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La symphonie du hasard (Livre 3), Douglas Kennedy, 2018 (Belfond)

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Critique du livre 1

Critique du livre 2 

Dans ce dernier opus, nous retrouvons Alice Burns de retour aux États-Unis après le drame vécu en Irlande. Spoiler : L’homme qu’elle aimait est décédé dans une attaque terroriste. Les séquelles émotionnelles sont très importantes, mais Alice décide rapidement de se prendre en main et d’avancer, quitte à mettre de côté sa peine. Malheureusement pour elle, la famille Burns a toujours autant de mal avec la stabilité et le réconfort… Très vite, elle est obligée de fuir sa mère et de se reconstruire auprès de deux de ses amis de fac, Duncan et Howie. Elle s’installe dans le Vermont où elle obtient un poste d’enseignante dans une université. Sa nouvelle vie la fait voyager entre le Vermont et New York, ville de ses rêves dans laquelle elle entretient une liaison avec un homme en plein divorce. Désormais prête à vivre la vie dont elle a toujours rêvé, Alice accepte un poste d’assistante d’édition à New York. Très vite, elle progressera dans sa carrière. Mais une fois encore, c’est un drame familial qui va faire basculer la vie d’Alice.

Dans ce troisième tome, nous découvrons l’Amérique des années 1980. L’ère est à la politique de Reagan, au capitalisme effréné, et aux Golden Boys. Son frère, Adam, va entrer dans le monde de la finance. Ce nouveau monde effraie un peu Alice qui assiste à tout ça avec un regard critique, mais assez juste. Les années 1980, ce sont aussi les années de découverte d’une nouvelle maladie, le SIDA. Alice et Howie vont perdre de nombreux proches et découvrir avec horreur les conséquences de ce mal.

Comme à son habitude, c’est à travers l’histoire familiale d’Alice que Douglas Kennedy dépeint les États-Unis. Encore une fois, cette famille ne nous laisse aucun répit. Les personnalités très fortes et exagérées de chacun de ses membres donnent lieu à de nombreux rebondissements, jusqu’au plus fort qui vient porter un coup fatal aux Burns.

Ce troisième tome est celui que j’ai préféré. Peut-être que cela est dû à l’attachement aux personnages né au fil des romans. Cela est peut-être aussi lié au fait que Douglas Kennedy resserre davantage son récit sur les liens familiaux. Bien ancrés dans l’époque du roman, les personnages sont tour à tour attachants et désespérants mais toujours intéressants. Il reste à la fin un sentiment étrange de se dire que nous quittons ce petit monde. Sauf si le « à suivre » qui clôt le roman laisse présager encore un nouveau tome ?

 

« Il y a des moments où on a vraiment besoin de sa famille, si dysfonctionnelle
soit-elle. Ils ont réussi à sauvegarder les apparences, sans montrer une seule fois
la rancœur qui subsistait entre eux, et tout dans leur attitude montrait qu’ils feraient de leur mieux pour m’aider à laisser cette horreur derrière moi. »

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La symphonie du hasard (Livre 2), Douglas Kennedy, 2018 (Belfond)

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Dans le tome précédent, nous quittions Alice Burns alors qu’elle faisait ses valises pour Dublin, pour intégrer l’université de Trinity. Fraîchement séparée de son petit-ami, chamboulée par le rôle joué par des membres de sa famille à Cuba, la jeune femme prend la décision de mettre un océan entre elle et les siens. Nous sommes en 1974 lorsqu’Alice arrive à Dublin. L’Irlande est alors en pleine période de troubles. Si le conflit se déroule principalement au nord du pays, l’atmosphère est pesante sur tout le territoire et certains sujets demeurent tabous.

Les premiers pas d’Alice ne lui donnent pas une bonne image de l’Irlande. L’accueil des Irlandais la déstabilise, à commencer par celui réservé par sa logeuse Mme Brennan, vieille bigote très stricte. Mais Alice est débrouillarde et ne tarde pas à faire les bonnes rencontres qui lui permettent d’apprécier peu à peu sa nouvelle vie. Parmi ces rencontres, il y a Ciarian, un jeune homme originaire de Belfast avec lequel elle partage une passion pour la littérature. Alors qu’elle prend tout juste ses marques dans son nouvel environnement, un fantôme de son passé resurgit, la ramenant des années en arrière et la replongeant dans les déboires de sa famille…

Il ressort beaucoup de frustrations à la lecture de ce second tome comme cela était déjà le cas pour le premier. Douglas Kennedy réussit à provoquer un sentiment très fort d’attachement à son héroïne, ainsi qu’aux personnages secondaires. Son intrigue reste bien menée et, malgré quelques longueurs, on est pris tout le long dans cette lecture. À nouveau, il est intéressant de découvrir la grande histoire à travers la vie d’Alice et celle de ses proches. On quitte cette fois l’histoire américaine, très peu abordée, si ce n’est quelques allusions au Watergate, et on entre davantage dans l’histoire de Cuba avant et après le coup d’État et dans le conflit irlandais. Cependant, là encore, Douglas Kennedy se laisse aller à des facilités d’écriture surprenantes pour un auteur de son expérience. Systématiquement, lorsqu’Alice fait une nouvelle rencontre, à peine les premiers mots ou regards échangés, elle devine le type de relations qui va en découler. Au-delà de l’aspect peu réaliste d’une telle perspicacité, cela ne laisse aucun suspens quant à la suite des événements et donne des scènes très attendues.

La fin de ce tome est particulièrement bien menée et donne envie à nouveau de se laisser tenter par le prochain tome en pardonnant à l’auteur ses défauts d’écriture.

« La symphonie du hasard. Tout ce qui m’arrivait était-il simplement
le fruit des circonstances, ou avais-je, par le biais de mes choix et de mes actions,
un certain degré d’incidence sur le cours des choses ? »

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Blankets, Craig Thompson, 2004 (Casterman)

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Dans ce roman graphique colossal (pas moins de 590 pages), Craig Thompson revient sur son enfance et son adolescence dans le Wisconsin. Élevé par des parents catholiques, Craig partage son enfance avec son petit frère Phil. La religion tient une place très importante dans sa famille. Très vite, Craig découvre les notions de péché, de rédemption, de Bien et de Mal. Il grandit dans une grande culpabilité pour n’avoir pas su protéger son petit frère lors d’un événement traumatisant. Adolescent, Craig porte les marques de son enfance et de ses traumatismes. Timide, solitaire, il est souvent maltraité par ses camarades, aussi bien au lycée que lors des camps de vacances organisés par la paroisse. C’est lors d’un de ces camps qu’il rencontre Raina. Une histoire d’amour naît alors entre les deux adolescents. Les parents de Craig, loin de se douter de leur relation, autoriseront leur fils à passer deux semaines dans la famille de Raina. Le jeune homme découvre alors le quotidien difficile de sa bien-aimée : des parents au bord du divorce, une sœur qui vient d’avoir un enfant dont elle confie régulièrement la garde à Raina pour prendre le large, ainsi qu’un frère et une sœur adoptifs retardés mentaux.

Les illustrations en noir et blanc, avec une place importante accordée au noir, les paysages enneigés, les coins isolés et reculés des États-Unis, tout ici amplifie le sentiment d’étouffement. Craig grandit dans un environnement envahi par la religion et par ses lois, avec la Bible comme livre de chevet. L’auteur insiste tout au long de son œuvre sur l’importance qu’a eu son éducation religieuse. À la narration de son histoire d’amour avec Raina se mêle des passages de la Bible dans lesquels il se met régulièrement en scène. Chaque découverte initiatique, sensuelle ou sentimentale fait écho à des préceptes religieux qui l’enferment et le culpabilisent. Lorsqu’il sort de son environnement familial pour rejoindre le cadre scolaire, il se heurte cette fois à l’étroitesse d’esprit de ses camarades. Pour se libérer, Craig se découvre une passion pour le dessin. L’art lui permet d’exprimer ce à quoi il s’interdit lui-même de penser.

Sa rencontre avec Raina agira dans un premier temps comme une délivrance. Ayant grandi avec la même éducation religieuse, la jeune fille respire pourtant la liberté. Elle offre à Craig un nouveau souffle. Lorsqu’on en découvre un peu plus sur elle, on se rend pourtant très vite compte qu’elle est loin de vivre une adolescence insouciante. Obligée de prendre très vite des responsabilités, elle semble être le seul élément stable de sa famille. Raina est tout pour Craig, et il voudrait être tout pour elle. Son besoin d’amour est plutôt malsain puisqu’il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas lui suffire. Peu à peu on comprend l’image mystique de Raina. Elle est sa déesse, sa passion, son Idole. Elle le détache de la religion, mais cet éloignement passe par un transfert. Raina de son côté ressent une trop forte pression d’autant plus que sa vision du couple est mise à mal par la réalité du divorce de ses parents. En s’éloignant de la religion, puis de Raina, Craig va s’ouvrir au monde. Il commence par renouer le dialogue avec son frère alors que leurs relations semblent être devenues inexistantes à l’adolescence, eux qui partageaient enfants leurs jeux, bêtises et aventures.

Le style graphique de Craig Thompson est puissant. Le soin accordé à la mise en scène est impressionnant. Chaque détail a son importance, chaque interruption de la réalité par le rêve prend sens. Pourtant je n’ai pas été aussi bouleversée que je m’y attendais par cette lecture… Je n’ai ressenti aucune compassion pour le personnage devenu adolescent. Le but de l’auteur n’étant certainement pas d’attirer la pitié sur son passé, en ce sens on peut dire que c’est réussi ! Mais cela m’a empêché de comprendre la plupart de ses réactions. Par ailleurs, j’ai été oppressée tout au long de la lecture. La vie des deux héros est remplie de drames, leur quotidien m’a semblé profondément triste et étouffant. Même leur histoire d’amour m’a semblé avoir un goût de mélancolie, une absence presque totale de liberté. J’ai repris mon souffle en fermant le livre.

 

« La nuit couché sur le dos en regardant la neige tomber,
c’est facile de s’imaginer s’envolant au milieu des étoiles. »

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La fourmi rouge, Emilie Chazerand, 2017 (Sarbacane)

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Vania Strudel a 15 ans et elle déteste sa vie. Et il y a de quoi quand son prénom fait penser à des protections périodiques et son nom de famille à une pâtisserie allemande. Quand on vit seule avec son père taxidermiste. Quand son meilleur ami, Pierre-Rachid, sort avec Charlotte, la même qui nous maltraite depuis des années, celle qui, une fois, a mis du laxatif dans notre lait chaud. Quand notre meilleure amie pue. Attention, rien de méchant ici : elle pue car elle est atteinte du fish-odor syndrom ! Un jour, Vania reçoit un mail mystérieux. L’auteur anonyme la secoue, lui balance quelques vérités bien difficiles à encaisser et l’invite à devenir une fourmi rouge parmi les noires. De quoi chambouler encore plus la vie de l’adolescente.

Ce roman est un régal ! Vania est un personnage haut en couleur. Atypique avec son ptosis (la paupière de son œil gauche tombe) et sa maladresse, c’est une jeune fille très attachante. Alors certes ses réflexions et ses réparties sont parfois très dures. C’est qu’en bonne fourmi rouge, elle pique ! Mais derrière cette énorme carapace forgée de ses mensonges se cache une grande sensibilité. Et puis c’est une ado de 15 ans, ça lui donne le droit d’être extrême dans ses réactions ! Heureusement pour elle, malgré les épreuves qui s’enchaînent et lui tombent dessus, elle peut compter sur ses proches. Son père d’abord. Parfois maladroit, un peu loufoque, pas le genre qu’on a envie d’exhiber à ses amis à première vue, mais un homme au grand cœur qui a élevé seul sa fille, à l’écoute et prêt à accepter ses sautes d’humeur. Son voisin, ami depuis l’enfance, Pierre-Rachid, Pirach pour les intimes. Avec lui, elle a tout partagé, elle le connait par cœur. Même si elle peine à le reconnaître après les vacances d’été lorsqu’il se transforme en magnifique jeune homme. Manque de bol, c’est sur « CettepoufiassedeCharlotte » qu’il jette son dévolu ! Il y a aussi Victoire sa meilleure amie que la plupart des gens ne peuvent pas sentir (rapport au fait qu’elle sent le poisson !). Et enfin il y a Abraham Horowitz, 76 ans, et sa fille Rachel. Après une série d’AVC, Abraham a une activité cérébrale ralentie et ne parle pas. Vania est chargée de s’occuper de lui lorsque Rachel obtient des rendez-vous galants.

Dans ce roman, on suit Vania dans son quotidien, on s’amuse de ses maladresses, on s’agace parfois de ses colères et on espère qu’elle osera enfin affronter la vérité. Vérité que l’on ignore dans les premières pages et que l’auteur explicite au fur et à mesure. L’écriture est dynamique, fluide et ne tombe jamais dans la facilité. Les dialogues sont crédibles, on se plonge facilement et rapidement dans cet univers. D’ailleurs on a du mal à lâcher le roman une fois commencé ! L’auteur parvient à être à la fois juste, drôle et touchante. Une vraie réussite !

 “Tu as le droit d’être un individu à part entière plutôt qu’un vague point dans
la masse. Certes, nous sommes tous des fourmis, vus de la lune. Mais tu peux être
la rouge parmi les noires. Qu’est-ce que tu attends pour vivre ?! Plus tard c’est maintenant. Demain c’est tout de suite. Passe la seconde”

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La symphonie du hasard (Livre 1), Douglas Kennedy, 2018 (Belfond)

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A New York, Alice Burns, éditrice, s’apprête à rendre visite à son jeune frère Adam en prison. Ce dernier lui révèle un lourd secret de famille qui va la faire replonger dans ses souvenirs d’adolescence et ses premières années de fac. L’occasion pour le lecteur de faire connaissance avec l’héroïne de ce premier tome et avec sa famille mais également de plonger dans l’Amérique des années 1960-1970 : réélection de Nixon, coup d’état au Chili, homophobie, racisme, mouvement hippie,…

Alice grandit dans une famille de classe moyenne de banlieue. Ses parents sont au bord de la rupture. Très proche de son père, Alice va peu à peu ouvrir les yeux sur ses secrets et mensonges. Sa relation avec sa mère est plus conflictuelle. Elle a également deux frères, Adam sportif star du lycée avant son accident de voiture et Peter dont elle est très proche. On suit Alice au lycée avec ses amis marginaux et victimes de harcèlement, puis à l’université de Bodwoin, dans le Maine, où elle se sent plus libre, où les gens qu’elle rencontre sont aussi ouverts d’esprit qu’elle. Elle croise alors la route de deux hommes qui vont avoir une grande importance dans sa vie : son petit ami Bob et le professeur Hancock. Plus tard, le coup d’état au Chili va avoir une réelle répercussion dans la vie d’Alice.

Dans ce roman, Douglas Kennedy aborde de nombreux sujets, mêlant la grande histoire à une intrigue pour une grande part inspirée de sa propre vie. Les nombreuses références musicales, culturelles et historiques ancrent le récit dans les années soixante/soixante-dix. L’époque et les thèmes traités font penser à du Philip Roth mais la comparaison ne saurait aller plus loin. Là où Philip Roth dissèque et pose un regard à la fois lucide et cynique, Douglas Kennedy effleure chacun de ses sujets qui ne servent que de contexte à son histoire et à sa fresque romanesque. Pour autant, l’auteur réussit à retranscrire les pensées d’une jeune adolescente. On croit à ce personnage et à ses émotions. Souvent un peu naïve, on sent qu’Alice apprend peu à peu de ces expériences. Ce roman est plus ambitieux que les précédents titres de l’auteur. Il ne joue pas sur ses codes habituels. Peut-être parce qu’il est aussi son roman le plus personnel.

Malgré quelques facilités d’écriture, c’est une lecture agréable, qui donne envie de découvrir les prochains tomes (le livre 2 est déjà en librairie).

 

« Toutes les familles sont des sociétés secrètes.
Des royaumes d’intrigues et de guerres intestines, gouvernés par leurs propres lois, leurs propres normes, leurs limites et leurs frontières, à l’extérieur desquelles toutes ces règles paraissent souvent insensées. »

 

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Collaboration horizontale, Navie et Carole Maurel, 2017 (Delcourt)

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L’histoire se déroule à Paris, pendant l’Occupation allemande en 1942. De la guerre, des combats, nous ne verrons presque rien dans cette BD. L’intrigue prend place dans un immeuble. Dans un huis clos qui intensifie le sentiment de proximité, nous allons suivre le parcours de plusieurs personnages, principalement des femmes. Chacune de leurs histoires va mettre en lumière les conditions de vie sous l’Occupation. Place des femmes dans la société, homosexualité féminine, résistance, solidarité, traîtrise,… de nombreux aspects sont présentés. Mais le principal, celui qui donne son titre à cette BD, est l’histoire d’amour entre une Française et un soldat allemand. Rose se retrouve seule avec son fils Lucien, son mari étant au front. Alors qu’elle cache au soldat allemand qui sonne à sa porte la présence de Sarah et de son fils qu’elle protège, elle tombe sous son charme. Avec lui, elle redécouvre la passion et sa féminité. Mais il faut cacher à tous cette relation interdite. Difficile dans cet immeuble où chacun aime se mêler de la vie de son voisin… Parmi les autres habitants, il y a Judith et son mari Léon, qui surveille de près Rose ; Madame Flament une vieille dame qui perd la tête ; Joséphine, une très belle jeune fille dont les rêves de gloire se butent à la misogynie ambiante ; Simone, qui a le plus grand mal à révéler ses sentiments ou encore Camille, le mari de la concierge, un des rares hommes de cette histoire. Aveugle, il est pourtant celui qui observe le mieux ce petit monde.

Malgré les thèmes abordés, ce livre ne fait pas dans les bons sentiments. Le soldat allemand n’est pas transformé en gentil héros. Il conserve ses convictions. On ne s’attarde de toute façon pas sur lui, mais uniquement sur la relation amoureuse. Il n’y a pas non plus de bons ou de méchants. Il y a des gens qui vivent dans la peur, dans l’angoisse du lendemain et de l’inconnu. La plume de Navie retranscrit parfaitement ces sentiments. Chaque intrigue nous tient en haleine. L’écriture est sensible, sans tomber dans le pathos, romantique sans tomber dans le mièvre. Le scénario est bien construit. Seul bémol, on aimerait s’attarder plus sur chacun des personnages, mais il s’agit d’une intrigue « chorale », ce qui oblige à effleurer parfois certains sujets. Carole Maurel propose un univers très riche. Les couleurs nous renvoient dans l’époque de l’intrigue. Le trait délicat sait se faire fort quand les émotions l’imposent. L’illustratrice sort régulièrement du cadre pour des planches saisissantes de beauté et de sensibilité (notamment la rencontre entre Rose et le soldat).

On ne sort pas indemne de cette lecture. Même si l’on connaît la fin avant de la lire, on est malgré tout saisi par l’émotion.