Mudwoman, Joyce Carol Oates

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Jetée dans la boue de la Black River, Mudgirl survit en étant repérée à temps par un jeune homme qui passait par là.

M.R Neukirchen, après des études brillantes, devient présidente d’une université prestigieuse. Alors qu’elle est attendue pour prononcer un discours lors d’un congrès, M.R prend la route, comme appelée par une force mystérieuse. Lors de cette escapade inattendue, elle est victime d’un accident qui la fait replonger dans ses souvenirs. Se rappellent à elle avec force Mudgirl et son enfance. En renouant avec son passé M.R devient Mudwoman et plonge peu à peu dans la folie.

C’est un long et dense roman que nous offre JC Oates. Les chapitres, dont les titres sont tous construits selon le même modèle, alternent en se focalisant tour à tour sur Mudgirl ou Mudwoman/M.R. Chapitres où l’on découvre la petite Jewell (ou Jedina ?), fille d’une femme démente et infanticide, sauvée de peu d’une mort atroce, et qui après avoir été recueillie dans le foyer sans vie et sans amour des Skedd, sera adoptée par les Neukirchen, couple de quakers, prêts à lui donner tout l’amour jusqu’à présent jamais reçu mais certainement pour de mauvaises raisons… Où l’on découvre aussi M.R/Mudwoman, femme brillante, progressiste, prête à être ce que l’on souhaite qu’elle soit, quitte à se sacrifier. Devant lutter en même temps contre le machisme du milieu universitaire, un entourage professionnel réactionnaire (notamment un étudiant sur le point de briser sa carrière) et les conséquences de son enfance et de ce terrible abandon refoulé.

JC Oates excelle lorsqu’elle décrit la descente aux enfers de Mudwoman. On la voit sombrer dans la folie, dans une atmosphère oppressante, apparaissant de plus en plus comme un animal craintif, face à des prédateurs cruels, perdant peu à peu toute force physique pour lutter. L’auteur décrit cette folie, nous plaçant au plus près des pensées intimes et paranoïaques de Mudwoman, mais également en décrivant sa déchéance physique. Mudgirl prend possession de M.R., elle qui d’habitude est dans un contrôle absolu de sa personnalité. Se comportant depuis qu’elle est devenue Mudgirl comme une enfant, une adolescente, puis une femme parfaite. Se pliant aux attentes de chacun : de ses parents adoptifs décidés à faire d’elle la parfaite petite Meredith, de ses collègues universitaires mais aussi de son amant astronaute, déjà marié et père de famille. La voilà qui perd pied, envahie de rêves terrifiants et luttant contre ses plus terribles démons.

JC Oates aborde dans ce roman d’autres thèmes qui lui sont chers, comme la féminité, le milieu universitaire (elle est elle-même professeur à Berkeley) et la politique, puisque sont débattus par les personnages les sujets qui découlent de l’après 11-Septembre, comme la guerre en Irak, mais aussi des débats opposants progressistes et réactionnaires, comme l’avortement.

Il faut reconnaître cependant quelques longueurs à ce roman, notamment sur la fin. Alors que l’enfance de Mudgirl et la folie de Mudwoman/M.R. donnent naissance à des scènes d’une grande intensité, des grands moments de tension dans lesquels le style de l’auteur est le plus remarquable, la fin traîne en longueur pour arriver, en plus, à une conclusion qui m’a semblé décevante au regard de l’histoire et de ce que l’on aurait pu attendre. Cela n’enlève cependant rien à la qualité du roman, dans lequel l’auteur excelle dans la description psychologique de son personnage qui lutte pour construire son identité et sortir de la « boue ».

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2 réflexions sur “Mudwoman, Joyce Carol Oates

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