Lait de tigre, Stefanie de Velasco (Belfond)

9782714458681

J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une opération Masse critique et j’en profite pour remercier Babelio et les éditions Belfond pour cet envoi.

Le premier roman de Stefanie de Velasco, jeune auteur allemande, raconte l’amitié entre Nini et Jameelah, deux jeunes filles de quatorze ans qui grandissent à Berlin. Les deux ont en commun un environnement familial compliqué et un désenchantement précoce. Lorsqu’elles ne sont pas en cours, elles trainent à la piscine avec leurs amis, fument dans les toilettes du collège, volent dans les magasins, enfilent des bas résilles pour aguicher les hommes sur le Ku’Damm, et aller parfois bien plus loin, et surtout boivent du lait de tigre, un cocktail à base de lait et d’alcool. Leur amitié va être mise à rude épreuve lorsqu’un crime sera commis dans leur quartier.

L’auteur porte un regard très tendre sur ses deux personnages principaux. On ne ressent pas de jugement, aucune volonté moralisatrice, malgré les risques énormes pris par les deux adolescentes, tout cela dans la plus grande ignorance de la part de leur proche. Ce n’est pas le propos de l’auteur, et tant mieux. À la lecture, on imagine plutôt que Stefanie de Velasco s’inspire d’une jeunesse observée, si ce n’est vécue.

On trouve quelques clichés, assez habituels dans les romans qui traitent d’adolescence, et en particulier d’une adolescence dominée par l’alcool, la drogue et le sexe. Cependant, l’auteur parvient à décrire une jeunesse portée par de belles valeurs d’amitié et de loyauté. La jeunesse berlinoise qu’elle décrit est multiethnique, multiculturelle, chacun débarque avec son histoire, souvent très lourde, et tente d’avancer sans renier ses origines mais en profitant d’un nouveau départ.

Le personnage de Nini, narratrice du livre, est parfois agaçant. Elle semble plus immature que son amie, ses réactions sont souvent celles d’une enfant, malgré ses airs d’adultes précoces. Les personnages secondaires, notamment Jameelah, Amir, Nico et Noura, sont plus intéressants et plus attachants.

Le fait que Nini soit la narratrice du roman, donnant un ton naïf, parlant avec ses mots à elle et ses constructions de phrase typiquement adolescentes, accentue certainement ce ressenti. Ce choix de narration est très risqué pour un auteur. Alors que certains en maîtrisent parfaitement les codes, on pense à Salinger dans L’Attrape-cœurs, mais aussi à Mark Haddon dans Le Bizarre incident du chien pendant la nuit, ou plus récemment Stephen Chbosky avec Le Monde de Charlie, d’autres tombent facilement dans les pièges. Stefanie de Velasco est à la limite entre ces deux extrêmes. En donnant la parole à Nini, âgée de quatorze ans, elle donne de la voix à une jeunesse en colère, qui oscille entre naïveté et provocation, mais son style souffre un peu de ce réalisme et de cette simplicité de langue.

J’ai pourtant aimé ce roman pour la rage qui en ressort. Je l’aurais cependant plus imaginé publié dans une collection « young adult », justement en raison du style un peu simpliste (bien que très cru). J’en retiendrai une description à la fois juste et osée de l’adolescence. Les personnages quittent à peine le monde de l’enfance, dont les souvenirs sont encore vivaces. Pourtant, le temps, leur histoire ainsi que l’événement qui bouleverse le roman, les ont obligés à grandir, faisant d’eux des mini-adultes, tellement pressés d’entrer dans ce monde-là qu’ils sont, pour certains, prêts à se bruler les ailes.

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