American Tabloïd, James Ellroy, Payot (Rivages noir)

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Cela n’est dû qu’au hasard, mais il se trouve que j’ai décidé de reprendre la lecture de ce livre, abandonnée quelques années plus tôt, alors même que James Ellroy sort un nouveau roman. Premier tome de la trilogie Underwold USA, American Tabloïd est le premier livre de cet auteur que je découvre après en avoir beaucoup entendu parler. J’avais arrêté ma première lecture après quelques 200 pages.

Cette fois-ci, j’ai insisté malgré la longueur du roman (780 pages en poche) et la complexité de l’intrigue (ou devrai-je dire des intrigues). Nous suivons trois personnages principaux : Pete Bondurant, un ancien policier, ayant perdu son poste à cause de son manque de sang-froid, et désormais escroc au service d’un milliardaire Howard Hugues et du président du syndicat des camionneurs, Jimmy Hoffa ; Kemper Boyd, agent du FBI, prêt à tout pour accéder au pouvoir ; et Ward Littell, ancien partenaire de Boyd, son mentor, idéaliste et souvent malheureux en affaire. À travers l’ascension au pouvoir de John Kennedy et jusqu’à son assassinat en novembre 1963, l’auteur nous décrit une Amérique dans laquelle se mêlent FBI, CIA, mafia, pouvoir politique ; où se jouent des intrigues complexes : crise de Cuba, crime organisé, trafic de drogue, financement occulte d’une Caisse de retraite,… dévoilés notamment par des retranscriptions d’écoutes téléphoniques. Il est au début très difficile de comprendre et mémoriser qui travaille pour qui tant chaque personnage joue un double, triple, voir quadruple rôle. Kemper Boyd, porté par son ambition, flirte avec le FBI, la mafia et le pouvoir politique. Son attachement aux Kennedy ‒ John, plus précisément, car ses relations avec Robert, très méfiant vis-à-vis de lui, vont se détériorer – semble sincère malgré ses multiples casquettes. C’est peut-être d’ailleurs son seul talon d’Achille. Puisque tout va très vite dans ce roman, il en est de même pour l’ascension et la chute des personnages. Ward Littell en est une parfaite illustration.

L’écriture de James Ellroy est magistrale. Le rythme est effréné, le style précis, cru, d’une grande vivacité. Le roman est sombre et porté par un style presque cinématographique. Les scènes sont très visuelles, Ellroy reconstitue sans fioritures des décors d’un grand réalisme et donne de l’épaisseur à ses personnages dès les premières pages. Contrepartie de ce talent à décrire des intrigues qui s’entrecroisent dans un roman si dense, le lecteur doit souvent s’accrocher pour saisir tous les éléments du récit. C’est une période de l’histoire américaine dont on ne connaît souvent que quelques dates que l’auteur détaille ici, mêlant faits historiques et fiction, dans tous ses aspects, notamment lorsqu’il développe la crise cubaine, le débarquement de la baie des cochons, et les relations entre Kennedy et Castro.

Comme il est écrit sur la quatrième de couverture, rapportant les propos de Bruno Gendre dans Libération : « American Tabloïd requiert une attention de tous les instants : une simple ligne parcourue d’un œil distrait, et c’est une conspiration, un retournement de veste ou un cadavre qui risquent d’échapper au lecteur ». Testé et approuvé !

Il ne me reste plus qu’à découvrir les autres romans de ce grand auteur dont je sais maintenant d’où vient l’excellente réputation.

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