Plus rien que les vagues et le vent, Christine Montalbetti, P.O.L

couv plus rien que les vagues et le vent

Un Français débarque à Cannon Beach, petite ville de la côte ouest des États-Unis. De cet homme, on ne sait rien, ni son nom, ni ce qui le conduit ici. Le fait est qu’il se trouve dans cette ville, que sur cette ville pèse la menace constante d’un océan déchaîné, mais aussi d’un volcan qui, quelques années plus tôt s’est réveillé, alors que plus personne ne s’y attendait. Comme refuge, il y a le bar de Moses, où l’on rencontre trois hommes, Colter, Shannon et Harry Dean, aux destins cabossés, qui se retrouvent là à boire et parler tous les soirs, intégrant peu à peu l’oreille attentive de notre Français. Celui-ci, narrateur, nous prend à témoin. Il nous installe près de lui pour nous raconter son histoire. Il en perd le fil souvent, et de digressions en digressions, il pose le décor et les personnages. Il relate les confidences de ces trois hommes, répète ce qu’il a entendu, suggère ce qu’il a cru comprendre ou ce qu’il peut imaginer des non-dits. Dès le début, il confesse qu’il aurait pu prévoir la suite, qu’il aurait dû se méfier. Il faudra attendre les derniers chapitres pour la révélation.

Christine Montalbetti nous livre un roman américain, du fait du lieu choisi comme cadre certes, mais aussi d’un style bien particulier, à la fois soigné et presque familier. Le narrateur parle comme il pense. Ses phrases sont parfois confuses comme on imagine ses pensées et ses souvenirs. On a pu comparer l’auteur à Joyce Carol Oates et il y a du vrai dans cette comparaison : une urgence à dire, quitte à ce que les mots se cognent, se brouillent ; une langue réaliste, parlée, mêlée à un certain lyrisme.

Ce roman parle de chute, de perte mais surtout de violence, symbolisée par un paysage qui ne laisse aucun répit. On y lit une violence gratuite, qui naît de la rancœur, qui grandit dans un désir de vengeance, qui explose sans raison.Tout au long du roman, l’auteur renvoie l’idée que l’on peut deviner son destin, que les malheurs sont annoncés, si on sait lire les signes. On les ignore bien souvent, se sentant tout-puissant, tout comme face à ce volcan qu’on ne craignait plus. Cette annonce d’une menace omniprésente donne une tension puissante au roman. Parallèlement à ces vies d’hommes, le narrateur évoque l’expédition de Lewis et Clark. Le but de cette digression n’est pas évident, mais elle permet de planter un décor et de reprendre son souffle, coupé par l’annonce d’un drame imminent.

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