(Paris est une fête)

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(Image © Jean Jullien)

C’était un vendredi comme un autre à Paris. La semaine qui s’achève, on enregistre, remballe, se lance des bons week-end. C’était un vendredi comme un autre à Paris, le temps de se retrouver, de sortir, profiter, danser.

C’était un soir particulier pour ceux qui détestaient que l’on se retrouve, que l’on sorte, que l’on profite et que l’on danse.

« C’est beau une ville la nuit. » C’est beau Paris la nuit, ses lumières, ses terrasses, ses éclats de rire, ses salles de concert, ses stades. Ce soir-là encore ils ont voulu vibrer au rythme de la ville. Ils ont voulu écouter de la musique, boire des coups, supporter leur équipe. Ils se sont peut-être dit que la semaine avait été épuisante, mais qu’importe ils étaient ensemble, heureux, prêts à profiter de chaque instant. On n’est pas sérieux quand on a vingt, trente, quarante ans, et qu’on a la ville comme promenade.

Et puis soudain les détonations. On aimerait dire qu’on n’est pas familiers de ce son, mais depuis janvier, on n’a rien oublié. Ceux qui dansaient et chantaient voient des gens tombés à leurs pieds. On se réfugie dans les loges, on se cache sous les sièges. Pour éviter les balles… un vendredi soir à Paris, pendant un concert ? Ceux qui étaient en terrasse à refaire le monde se le prennent en pleine face dans toute sa barbarie. De nouveau, les sirènes envahissent les rues. Les mêmes qui, depuis peu de temps seulement, avaient cessé de nous couper le souffle. Les nouvelles commencent à circuler, des SMS sont échangés, on compte ses troupes, on fait l’appel dans l’espoir qu’il n’en manque pas un.

Sous le pont Mirabeau coule toujours la Seine, mais le temps s’est arrêté. Pendant que les journalistes comptent les morts, les spécialistes s’interrogent. On dit que la cible était la jeunesse. On dit que cette jeunesse avait le malheur d’être libre, métissée, heureuse. Que c’est son goût de la perversion, du plaisir et de l’amour qui a été visé. On sait surtout qu’on ne sait rien, qu’on aura beau essayé d’analyser, on ne trouvera pas de réponse. Dans le doute, on continuera à sortir le vendredi soir, à profiter et à danser. On ne les laissera pas nous enlever nos soirées parisiennes, ni même nos soirées brésiliennes, nos soirées belles à Sienne, nos soirées tout court. Parce qu’au-delà de Paris qui pleure ses morts, on continue d’entendre les cris à travers le monde. On se sent encore une fois impuissants. Nous n’avons que nos corps pour danser, nos visages pour sourire, nos mots pour combattre les amalgames. Ne pas les laisser gagner. Nous sommes de ceux qui s’aiment et rien ne pourra changer ça. Nous ne rentrerons dans aucun camp de la haine. Nous continuerons à penser que « Paris est une fête »

 

Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. Nous y sommes toujours revenus, et peu importait qui nous étions, chaque fois, ou comment il avait changé, ou avec quelles difficultés ‒ ou quelles commodités ‒ nous pouvions nous y rendre. Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez.

(Ernest Hemingway)

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