Une page d’amour, Emile Zola

 

öAionìB(cEèbE‚n<

Hélène Mouret se retrouve veuve alors même qu’elle vient de quitter Marseille pour s’installer à Paris avec son mari. La voici donc avec un héritage confortable et une enfant de douze ans, Jeanne, chétive et malade. Sa fille est tout pour elle et leur amour est fusionnel. Elles vivent presque totalement recluses dans leur appartement et n’ont pour seule compagnie que leur bonne Rosalie et leurs amis Monsieur Rambaud et l’abbé Jouve.

Un jour, Jeanne est prise d’une crise violente. Désemparée et ne pouvant trouver le médecin habituel, Hélène tape à une porte et tombe par le plus grand des hasards sur le docteur Deberbe. Ce dernier sauve la fille et s’éprend de la mère, qui elle-même est troublée par cet homme. Ce n’est que le jour suivant, alors qu’elle souhaite le remercier qu’elle découvre qu’il est marié et père de famille. Juliette Deberbe, son épouse, devient son amie et l’invite à ses nombreuses réceptions.

Hélène et Henri Deberbe ne se cachent plus leur amour mais la jeune veuve tente dans un premier temps de le réfréner. La petite Jeanne, habituée à être le centre d’intérêt exclusif de sa mère, vit très mal cet amour. Elle est de plus en plus malade et se livre à des accès de colère terribles. Hélène est déchirée entre la santé de sa fille, qui semble dépendre de sa propre attitude, et son amour pour le docteur.

Ce roman de Zola est le huitième volume de la série des Rougon-Macquart et arrive juste après L’Assommoir, roman bouleversant qui connut dès sa parution un fort succès. Une page d’amour semble a priori moins violent que les tomes précédents. Les premières pages tombent même dans un excès de sentimentalisme. Le personnage d’Hélène semble bien fade à côté d’une Gervaise, le docteur Deberbe lui-même ne réveille en nous aucune passion. Tout est bien gentillet. Du moins jusqu’à la découverte du vrai caractère de Jeanne et des effets pervers de la passion. La petite fille se révèle être une véritable peste. Son amour pour sa mère est excessive et exclusif. Si elle accepte auprès d’elle certains amis, comme Rambaud et l’abbé Jouve, elle les repousse avec violence lorsqu’ils se mettent entre sa mère et elle. Zola la décrit souvent comme un personnage possédé par la haine et la colère. Ses yeux sont noirs, elle semble plus adulte, très sombre. Le personnage de Jeanne irrite forcément par sa jalousie et ses caprices incessants. Malgré sa maladie, il est difficile d’éprouver de la pitié. C’est plutôt de la terreur que l’on ressent. Les descriptions de la mignonne petite fille viennent se heurter aux descriptions d’un personnage manipulateur et morbide, et à celles d’une enfant mystique, souvent comparée au Christ.

Hélène nous apparaît comme tout à fait soumise à son enfant, parfois comme vidée de sa substance par cette dernière. Lorsqu’elle finit par s’en affranchir (avec violence même), elle devient un personnage intéressant et sa passion amoureuse trouve un intérêt (bientôt réduit à néant…)

Outre les effets dévastateurs de la passion, Zola aborde ici le sujet de la religion. Jeanne s’impose souvent comme une figure christique, elle semble d’ailleurs touchée par la grâce à l’église lors de la semaine de Marie. Hélène est quant à elle profondément troublée par l’église. Elle y voit le reflet de sa passion amoureuse.

Paris joue également un grand rôle dans le roman. La ville n’est vue qu’à travers une fenêtre, tour à tour par Hélène et Jeanne. Paris reste un mystère pour toutes les deux, recluses depuis si longtemps, parfois un bonheur à contempler, parfois une menace impossible à maîtriser. Certaines descriptions, très longues, ralentissent le rythme de la lecture…

Une page d’amour est à rapprocher d’un roman comme La faute de l’abbé Mouret, où les sentiments des personnages et la passion amoureuse tiennent une grande place. Il se passe finalement peu de choses et les personnages ne sont pas les plus charismatiques de l’oeuvre de Zola. Si les premières parties sont parfois laborieuses, le personnage de Jeanne et la description de l’effet pervers de l’amour sont abordés avec beaucoup de finesse et sont particulièrement intéressants.

Publicités

Une réflexion sur “Une page d’amour, Emile Zola

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s