Le bruit et la fureur, William Faulkner, 1929 (Folio)

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« La vie n’est qu’une ombre errante ; un pauvre acteur

Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène

Et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire

Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,

Et qui ne signifie rien. »

Le titre du roman de William Faulkner s’inspire de cette tirade de MacBeth. Le premier narrateur de ce roman est en effet un idiot, comme on disait alors. Faire un résumé de ce livre est très complexe. L’auteur propose un roman déconstruit : quatre chapitres avec quatre narrateurs différents, des flash-backs, des styles narratifs différents, des variations typographiques. Tout est là pour perdre le lecteur, les monologues intérieurs s’enchaînent, des personnages partagent le même prénom.

L’histoire se déroule dans le sud des États-Unis dans les années 1920. L’auteur nous présente la famille Compson : le père Jason, la mère Caroline et les enfants, Quentin, Candace (dite Caddy), Jason et Maury. Maury est attardé mental. Il porte le même nom que son oncle, le frère de Caroline. Pour ne pas porter préjudice à son oncle, on le surnomme Benjamin (ou Ben ou Benjy). Le personnage principal du roman n’est aucun des quatre narrateurs successifs. La discrète Candace porte sur ses épaules la chute de sa famille. La jeune fille tombe enceinte d’un amant de passage. Pour arranger la situation, on lui trouve un mari. Ce mariage va être à l’origine de nombreux drames au sein de la famille Compson.

Benjamin est le narrateur de la première partie, la plus difficile d’accès. Il faut donc s’accrocher pour poursuivre la lecture. Le lecteur est invité à suivre ses pensées confuses qui s’enchaînent par associations d’idées et de sensations. Dans cette partie nébuleuse, les thèmes du roman apparaissent déjà : l’ivrognerie du père, la violence de Jason, le pouvoir d’attraction de Caddy.

La deuxième partie a pour narrateur Quentin, le frère de Benjamin et Candace. Le lecteur est plongé dans le monologue intérieur de ce personnage intrigant, extrêmement jaloux et brisé par l’obsession et l’amour incestueux à l’égard de sa sœur Caddy. Dans cette partie, c’est l’absence de ponctuation qui trouble le lecteur, tout en reflétant parfaitement le mal-être et la confusion du personnage.

Jason, le troisième frère, est le narrateur de la troisième partie. C’est un personnage imbuvable. Il est devenu le chef de famille à la mort du père et traite tout le monde avec mépris, en particulier sa nièce, Quentin, fille de Caddy. C’est également dans cette partie que l’on apprend davantage à connaître les domestiques de la famille Compson : Disley, Roskus, Frony, T.P., Versh et Luster. Ils sont les témoins de la chute de la famille. Ils permettent de maintenir le peu de stabilité qui reste.

Dans la dernière partie, l’auteur reprend la parole. Il n’y a plus de narrateur interne. Jason se lance à la poursuite de Quentin (sa nièce) qui lui a volé son argent.

 

L’édition française comporte une préface qui présente l’intrigue et les différents narrateurs. Je ne l’ai pas lu avant de me lancer dans le roman, mais je pense que cette lecture aurait pu s’avérer utile pour entrer plus rapidement dans l’intrigue. J’ai accepté très vite le fait d’être perdue par l’auteur. On comprend que cela fait partie de son talent et donne toute sa force à cette œuvre. Malgré la complexité de l’écriture, on est séduit par le rythme tourmenté et oppressant et par un style puissant et dense, qui s’adapte aux caractères et aux monologues intérieurs de chaque personnage.

Ce roman est un véritable puzzle d’une grande complexité. Il faut pourtant s’accrocher, car l’intrigue vaut le coup, et qu’au détour de passages flous, on est saisi par la beauté et la maîtrise du style de Faulkner.

 

« C’était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m’avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que probable que tu l’emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s’en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l’oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t’essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l’homme sa folie et son désespoir, et la victoire n’est jamais que l’illusion des philosophes et des sots. »

 

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