Peter Pan – Tome 6 – Destins, Loisel (Vents d’Ouest)

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Ce dernier tome de la série est certainement le plus sombre. La mort de l’un des personnages va révéler les personnalités de chacun et montrer l’achèvement de la métamorphose de Peter en Peter Pan.

Les pirates sont très peu présents dans ce sixième opus. Crochet a appris une nouvelle bouleversante dans le tome précédent. Cette révélation inattendue va à l’encontre de tous ses plans. Aussi il décide de ne pas y croire et de ne pas en tenir compte. Le suspens demeure donc même si les indices laissent peu de place au doute…

Clochette (qui illustre la couverture de ce tome) dévoilera également sa vraie nature : jalouse, haineuse, cruelle, on est loin de l’image de Disney (si ce n’est pour la jalousie…).

De son côté, Peter se plaît toujours autant dans son rôle de chef. Il impose les règles et fait siennes les idées de chacun. Lorsqu’il retourne à Londres, il se sent toujours plus étranger à ce monde. Les adultes, les femmes en particulier qui lui rappellent sa mère, le répugnent.

Ce Londres sombre, glauque et terrifiant est également celui de Jack l’Eventreur, qui apparaissait déjà dans le précédent tome, mais qui prend réellement naissance ici. Les routes de Peter Pan et Jack l’Eventreur semblent vouées à se croiser. Les crimes commis par Jack se déroulent les nuits où Peter revient à Londres. Que faut-il comprendre ? Que Jack et Peter ne seraient qu’une seule et même personne ? Peut-être… Du moins que les deux flirtent avec la folie, qui tire son origine de la même misère sociale et humaine. Cette folie qui les mène à l’oubli sitôt le passage à l’acte commis ou le drame vécu.

Les créatures imaginaires qui, comme Peter, ne conservent aucune mémoire des disparus, se demandent s’il s’agit réellement d’une chance. La mémoire de l’être aimé quand elle existe peut conduire au plus grand malheur (un personnage en est la preuve, mais il est impossible de parler de ses scènes si fortes émotionnellement sans trop en dévoiler). Cependant, l’oubli, s’il permet d’éviter le chagrin, peut mener à la folie…

Ce tome est le plus sombre, car les sentiments humains de compassion, de regrets de l’être aimé, semblent s’être volatilisés. Les enfants perdus, parés de leurs nouveaux costumes, ont eux aussi subis une métamorphose au contact de Peter et de l’île.

Le talent d’illustrateur de Loisel explose à chaque page, qu’il exprime la terreur, la misère ou encore la douleur. Ses choix de cadrage, de découpage et de mise en page tombent toujours justes et viennent accentuer les émotions suscitées par le scénario.

Ce sixième tome clôt d’une façon très sombre une série qui frappe par ses choix scénaristiques originaux et la puissance des illustrations. Chaque ambiance est parfaitement retranscrite par les couleurs et les mises en scène de chaque case. Il peut y avoir plusieurs lectures de cette réinterprétation du mythe de Peter Pan, à mille lieues de la version de Disney. On y lit la misère et ses conséquences, les adultes vus à travers le regard apeuré et écœuré d’enfants perdus et la perte de repères de ces enfants pris dans un monde bien trop cruel pour eux.

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