Nana, Emile Zola, 1880

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Dans ce neuvième tome des Rougon-Macquart, nous retrouvons Nana, rencontrée dans le tome précédent, L’Assommoir. C’est dans ce roman que le lecteur avait vu grandir la fille de Gervaise. Témoin de la déchéance et des mœurs dissolus de ses parents, Nana est une petite fille vagabonde et vicieuse.

Lorsque l’on retrouve Nana dans cet opus, elle est sur la scène du théâtre des Variétés et fait sensation dans le rôle de La Blonde Vénus. La jeune femme est pourtant dépourvue de talent, mais son charme, son audace et son attitude provocante ne laissent aucun homme indifférent. Dans son bel appartement, offert par un amant russe, défilent ses admirateurs, ses amants et ses créantiers. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de son jeune fils, Louiset, né de père inconnu, Nana se livre à la prostitution. Elle organise également des soirées où se mêlent des filles légères, des acteurs et ses nombreux prétendants. Un de ces hommes, le banquier Steiner, lui offre une maison à la campagne. Nana s’y rend et entreprend une liaison avec le jeune Georges Hugon, tout en poursuivant sa liaison avec le comte Muffat.

Nana conduit ces hommes à leur perte et profite de leur générosité à son égard. Après s’être éprise d’un comédien, Fontan, Nana quitte subitement son appartement et coupe tous liens avec ses relations les plus proches. Mais Fontan s’avère être un homme violent et Nana doit reprendre le chemin de son anciene vie.

Elle vit désormais dans un hôtel particulier offert par le comte Muffat dont elle devient la maîtresse officielle. Le comte, qui apprend par sa maîtresse que son épouse le trompe, est la plus grande victime des humiliations infligées par Nana. D’un naturel jaloux et soumis, il doit supporter les nombreuses liaisons de Nana avec ses habitués, ses hommes d’un soir et son amie Satin.

 

Dans ce roman, comme dans La Curée, Zola dépeint la vie mondaine, notamment à travers la description de l’univers du théâtre, des soirées mondaines et des courses hippiques. Témoin incisif de son temps, Zola met l’accent sur les côtés les plus sombres de la vie mondaine : l’hypocrisie, les ragots, les rancoeurs tenaces. Nana semble se fondre avec un naturel déconcertant dans ce monde. Elle qui est pourtant issue du monde ouvrier, qui a grandi dans la rue et qui mène une vie de débauche connaît et respecte les codes du grand monde. Le sujet principal de cet opus est la prostitution. À travers le personnage de Nana, Zola nous fait découvrir l’univers des filles légères, des cocottes. Nana ne se cache pas réellement de ses activités. Elle a conscience du pouvoir que lui procurent ses charmes et son corps et en tire une certaine fierté.

Zola aborde également un sujet rarement traité à son époque : l’homosexualité féminine à travers la relation qui unit Nana et Satin. Nana ne place pas cette relation sur le même pied d’égalité que ses relations masculines. Satin est à part et exige d’ailleurs la quasi-exclusivité de Nana.

Si la première partie du roman peut sembler un peu longue, la suite est plus dynamique, à l’image de son personnage principal, cette Nana au caractère bien trempé qui a Paris à ses pieds. La jeune femme est sortie de la misère qui envahissait l’univers de l’Assommoir. Grâce à sa détermination et à la conscience du pouvoir de son corps, Nana la courtisane s’élève dans la société. Lorsqu’elle s’engage dans une mauvaise voie, auprès de Fontan, qu’un avenir similaire à celui de sa mère s’engage, Nana ne se laisse pas sombrer et prend la fuite.

Comme tous les personnages des Rougon-Macquart, Nana porte en elle la marque de son hérédité et de son milieu social. Issue d’une longue lignée d’alcooliques, la jeune femme grandit dans la misère, dans la saleté. Si pour Zola ses mœurs traduisent cet héritage, sa réussite extérieure, sa vie de luxe et son pouvoir d’attraction sont pour la jeune femme une vengeance sur le déterminisme et la fatalité. Cela ne durera malheureusement qu’un temps.

Nana est le portrait d’une femme forte, bien décidée à échapper à son milieu social et à son hérédité par tous les moyens. À travers ce personnage, Zola nous offre une description, comme toujours extrèmement documentée, du monde de la prostitution.

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