Et toi, tu as eu une famille ?, Bill Clegg, 2016 (Gallimard)

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Le roman s’ouvre sur un drame. Le matin du mariage de la fille de June Reid, un incendie ravage sa maison. Elle est la seule rescapée mais elle vient de perdre sa fille, Lolly, son futur gendre, son ex-mari Adam et son petit-ami Luke. Comment se remettre d’un tel drame ? Pour June, la solution est dans la fuite. Elle prend la route et quitte le Connecticut. Au fil de son voyage, c’est l’histoire de sa famille qui se recompose : les liens perdus, ceux que l’on a cherché à reconstruire, les liens naissants.

Bill Clegg ne s’attarde pas sur la tragédie de l’incendie mais, comme le laisse suggérer le titre, s’interroge sur la famille. Il donne la parole à de nombreux narrateurs, proches des victimes, parents, amis, employés,… Grâce à ce procédé et à une construction non linéaire du récit, le lecteur lève peu à peu le voile sur l’intrigue et sur les liens qui unissent chacun des personnages.

L’incendie finit par devenir presque un simple prétexte pour décrire une galerie de personnages que l’auteur parvient en peu de lignes à rendre incroyablement attachants et crédibles. C’est parce qu’il semble éprouver une réelle empathie à leur égard. On retrouve ici toute la sensibilité de l’auteur, déjà révélé par son précédent livre, autobiographique cette fois, Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme. La finesse de son écriture, son lyrisme mais aussi son talent pour décrire les pires drames sans tomber dans le larmoyant transparaissaient déjà.

Les personnages de June, de Lydia (la mère de Luke, le petit-ami de June, décédé dans l’incendie) mais aussi celui de Rebecca sont saisissants de réalisme et de profondeur. L’auteur sait choisir les anecdotes qui en diront le plus long sur ses personnages sans avoir à s’éterniser sur de longues descriptions assommantes. En très peu de mots, tout est dit. En peu de lignes, les personnages se dessinent avec leurs doutes, leurs failles, leur passé et leur questionnement sur l’avenir. Bill Clegg fait rejaillir ici d’anciens démons puisque les allusions à la drogue sont nombreuses. Lui qui a touché le fond sait à quel point les erreurs de parcours influencent les choix d’aujourd’hui.

Le style de l’auteur déjà remarquable dans Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme se précise ici dans ce texte de fiction. Si Bill Clegg invente une intrigue éloignée de tout fait réel, il semble évident qu’il met encore beaucoup de lui dans son écriture. C’est certainement ce qui donne autant de force à ce roman, dans lequel l’intrigue se dilue un peu face aux portraits de personnages et aux chapitres aux allures de nouvelles. Comment et pourquoi s’est déclenché l’incendie, après tout peu importe. Les faits sont là, il faut se relever et avancer. Pour cela, il faut apprendre à pardonner, aux autres et à soi-même. Il faut réaliser l’importance de la famille. La vraie, celle qui s’impose par les liens du sang et du mariage, mais aussi celle que l’on se crée et qui est tout aussi importante.

Je remercie Babelio et Gallimard de m’avoir permis de découvrir ce roman dans le cadre d’une Masse critique.

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