La réserve, Russel Banks, 2008 (Actes Sud)

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En 1936, autour du lac des Adirondacs, une fête est donnée par le célèbre docteur Cole et son épouse. Ces New Yorkais richissimes, qui fréquentent des gens du même standing, profitent de leur luxueux chalet perdu dans un îlot de paradis. Le peintre Jordan Groves, célèbre pour son art, ses voyages, ses liaisons extraconjugales et sa réputation sulfureuse de communiste, est invité à la soirée et rencontre à cette occasion Vanessa, la fille du docteur Cole, captivante, mystèrieuse et surtout complètement névrosée. Cette rencontre bouleverse le peintre, marié et père de deux enfants qui, s’il est habitué aux histoires d’un soir, sent que cette femme pourrait remettre en cause l’équilibre de son couple.

La mort du docteur Cole va venir bouleverser ce petit monde en apparence si tranquille. Les secrets les plus enfouis seront déterrés, la personnalité de chacun se révèlera au grand jour. Alors que Jordan Groves tente de résister à la tentation, il découvre que sa femme Alicia mène elle aussi une double vie.

Russel Banks excelle dans l’art des descriptions, qu’il s’agisse des décors somptueux de la région montagneuse des Adirondacks ou de ses personnages. Il nous fait découvrir leurs pensées les plus intimes, leurs doutes, leurs regrets. Ses personnages principaux sont loin d’être sympathiques. Capricieux, égoïstes, portés par leur seul désir, Jordan Groves et Vanessa Cole se sont bien trouvés. Malgré leur personnalité exécrable, ils provoquent une étrange fascination. La femme de Jordan, Alicia et le guide des Adirondacks Hubert Saint Germain, plus humains, plus stables, pourraient apporter un certain équilibre s’ils n’étaient pas eux-mêmes sous l’emprise de Jordan et Vanessa. Derrière la tension amoureuse entre ces deux personnages se déroule toute une intrigue autour de Vanessa Cole, de ses relations avec son père et sa mère et sa folie. Chacun des personnages va se retrouver d’une façon ou d’une autre lié au drame qui est en train de se jouer.

En parallèle de ce récit, de courts chapitres, en italique, posent un contexte historique sous fond de guerre civile espagnole et montée du nazisme. Le lien entre les deux intrigues se révèlent peu à peu. Cependant, j’ai trouvé que cela manquait de clarté et que finalement ces chapitres n’apportaient pas grand-chose au roman.

Dans la lignée d’un Francis Scott Fitzgerald, Russel Banks met en scène une bourgeoisie américaines, névrosée, obsédée par l’apparence, la réputation et les mensonges. Russel Banks m’avait déjà conquise avec Sous le règne de Bone, De beaux lendemains et American Darling. Son écriture est remarquable, il nous emporte dans son récit, construit des personnages à la fois détestables et fascinants. Cependant, l’intrigue souffre de quelques longueurs et m’a moins intéressée que celle de ses autres romans. Russel Banks n’en demeure pas moins un des meilleurs écrivains américains de sa génération, capable de décrire une nature sublime contrastant avec une nature humaine plus nuancée, pleine de doute, de contradiction et d’hypocrisie.

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