Carthage, Joyce Carol Oates, 2015 (Philippe Rey)

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Dans la famille Mayfield, il y a Zeno, le père, ancien maire estimé de tous, sa femme Arlette engagée dans des œuvres de charité et leurs deux filles. Juliet est la jolie, Cressida l’intelligente. Cette dernière, hors norme, cynique, dérange et déstabilise même ses proches. Un soir, Cressida disparaît. Son sang est retrouvé dans la jeep de Brett Kincaid, l’ancien fiancé de sa sœur, de retour d’Irak, blessé et défiguré. Des témoins jurent avoir vu Cressida dans un bar avec Brett le soir de sa disparition.

Dans ce roman, Joyce Carol Oates retrouve ses thèmes de prédilection : l’adolescence, la famille, la blessure, l’humiliation et le mystère. Ce roman est aussi l’occasion pour elle d’évoquer l’Amérique post-11-Septembre : la guerre en Irak et le retour difficile de ces héros traumatisés et laissés pour compte.

Le portrait de Cressida se dessine dans la première partie du roman à travers les témoignages de ses proches anéantis par sa disparition. La jeune fille, hyper-sensible, a beaucoup de mal à gérer ses rapports avec les autres, sa famille, ses amis, ses professeurs. Très intelligente, son incapacité à suivre les codes et respecter les règles l’empêchent toutefois de réussir brillamment ses études. Face à la douce et jolie Juliet, Cressida sent bien qu’elle ne fait pas le poids, trop bizarre, trop moche, pour être appréciée. L’adolescente se réfugie dans le dessin et reproduit les trompe-l’œil d’Escher, des labyrinthes dans lesquels les gens se croisent sans jamais se rencontrer.

Dans cette première partie se dessine également le portrait du suspect numéro 1 de la disparition de Cressida, Brett Kincaid. Gendre idéal pour les Mayfield jusqu’à son retour d’Irak, le jeune homme est désormais mutilé, traumatisé, sujet à de brusques accès de violence. Si bien que ses fiançailles avec Juliet sont rompus. Le soir du drame, il est dans un bar avec ses amis. Des témoins assurent avoir vu Cressida se joindre au groupe. Des traces de sang de la jeune fille sont retrouvées dans sa jeep. Brett Kincaid est arrêté. Sa mémoire lui jouant des tours depuis son retour d’Irak, le jeune homme avoue son crime dont il n’a aucun souvenir.

La suite du roman, qui se découpe en trois parties, vient bouleverser les premiers éléments de l’intrigue. La disparition et la résolution de l’enquête ne sont qu’un prétexte pour Joyce Carol Oates pour dresser, comme à son habitude, un portrait saisissant de l’Amérique. L’auteur profite de ce roman pour critiquer la guerre en Irak, les conditions carcérales des prisonniers américains et la peine de mort. La scène de la visite d’une prison est en ce sens un passage clé du roman. Une scène dont l’auteur aurait pu faire une nouvelle à part entière.

Joyce Carol Oates décortique l’Amérique tout en sondant l’âme de ses personnages qui, comme toujours, sont parfaitement plantés, complexes, et réalistes. Le roman s’attarde sur la complexité et la richesse des liens familiaux, sur la jalousie de Cressida envers sa sœur Juliet, son exacte opposé.

Seul bémol de ce roman captivant, quelques longueurs inutiles, en particulier dans la dernière partie, qui donnent l’impression que l’auteur a voulu faire des pages pour étoffer son roman et proposer, comme elle en a l’habitude, un pavé de 600 pages. Excepté ces passages moins indispensables, Carthage est un grand roman et l’auteur parvient à créer une tension qui tient en haleine le lecteur jusqu’à la dernière page.

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