Une dernière danse, Victoria Hislop, 2014 (Les Escales)

9782365690874

 

Sonia, londonienne d’une trentaine d’années, s’ennuie dans son couple et dans sa vie. Avec son amie Maggie, elle décide de prendre des cours de salsa. Très vite, la danse devient une passion et vient remettre du piment dans sa vie. Afin de perfectionner leur pratique, Sonia et Maggie se rendent à Grenade pour suivre des cours de danse.

Alors qu’elle prend un café en terrasse, Sonia se lie d’amitié avec le serveur, Miguel. Ce dernier se propose de lui faire visiter la ville et de lui raconter l’histoire de Grenade. Sonia est particulièrement intriguée par des photographies qui décorent le café de Miguel. On y voit une danseuse de flamenco ainsi qu’un torero. Miguel se lance alors dans le récit de la famille Ramirez dont la vie, comme celle de nombreux espagnols, fut bouleversée par l’arrivée au pouvoir de Franco.

Le roman se focalise donc ensuite sur l’Espagne des années 1930 et sur la famille Ramirez. Pablo et Concha tiennent le café El Barril. Ils ont quatre enfants, trois garçons et une fille. Cette dernière, Mercedes, a un vrai don pour la danse. Sa vie se résume au flamenco jusqu’au jour où elle rencontre un guitariste, Javier, dont elle tombe éperdument amoureuse. Les trois frères Ramirez se distinguent par leurs caractères et leurs opinions politiques. Antonio est un farouche républicain. À l’opposé, Ignacio, brillant torero, est partisan de Franco. Quant au dernier frère, Emilio, un musicien rêveur, il partage davantage les idées d’Antonio et ne cesse d’être malmené par Ignacio. L’arrivée en force des franquistes, les arrestations intempestives et les persécutions vont bouleverser la vie de cette famille, celle des habitants de Grenade et de l’Espagne tout entière. La guerre civile mettra à jour les convictions des membres de la famille et leur différence et obligera chacun d’eux à faire des choix de vie décisifs.

La petite histoire se mêle à la grande, celle de la guerre civile espagnole et de l’arrivée au pouvoir de Franco. Quoique l’on puisse penser de ce roman, il a un grand mérite, celui de plonger dans l’horreur de la guerre et de nous faire découvrir un pan de l’histoire dont on parle très peu. L’auteur ne le cache pas : il y a des horreurs dans les deux camps : celui des nationalistes bien sûr, mais aussi celui opposé à Franco, groupe disperse et incapable de s’unir composé de socialistes, de communistes ou encore d’anarchistes. Les arrestations brutales, les villes ravagées, le manque de nourriture, les bombardements, la vie carcérale cauchemardesque mais aussi la vie dans les camps installés en France où les réfugiés espagnols sont accueillis avec le plus grand mépris, le roman dresse un tableau complet et richement documenté des événements. À cela s’ajoute la vie de la famille Ramirez à laquelle on s’attache très vite tant les personnages sont bien construits. On suit le périple de Mercedes et celui d’Antonio avec angoisse et appréhension. On espère et on doute avec eux.

Malgré certaines longueurs, ce roman est une réussite. Les personnages prennent vie sous nos yeux, si bien qu’on a hâte de les retrouver dès lors que l’on ferme le livre. Leur quête et leur aspiration deviennent les nôtres, on tourne les pages fébrilement et pourtant avec hâte pour connaître le sort qu’il leur sera réservé. L’histoire de la guerre civile espagnole est présentée avec beaucoup de justesse et de précision. L’horreur de la guerre est très bien retranscrite. On imagine les villes ravagées par les bombardements, on ressent l’angoisse et la faim des espagnols. Enfin, comme un souffle dans le roman, les scènes de danse viennent ponctuer les récits de guerre. On croirait entendre la guitare de Javier, les palmas des admirateurs de flamenco, et surtout les pas de Mercedes martelant le sol pour exprimer son amour de la danse et la tristesse de voir son pays détruit.

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