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Eden Springs, Laura Kasischke, 2018 (Page à page)

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Printemps 1903. Un prédicateur tente d’échapper au scandale en installant sa communauté dans le Michigan. Le charismatique Benjamin Purnell promet la vie éternelle à ses adeptes, en particulier aux belles jeunes filles. Comment expliquer alors qu’une adolescente ait été enterrée ? Basé sur une histoire vraie, Eden Springs est enrichi de photos d’époque sélectionnées par Laura Kasischke.

Ce livre aborde des thèmes très présents dans l’œuvre de Laura Kasischke : le mystère, la féminité, l’adolescence ou encore la mort. À partir d’un fait réel, l’auteur développe un récit entre roman et documentaire. Des extraits d’articles de presse côtoient une fiction dans laquelle un fossoyeur découvre dans un cercueil le corps d’une jeune fille alors que la Maison de David, secte religieuse de Benjamin Purnell, a annoncé le décès d’une vieille femme. Le mystère s’épaissit alors. Que se passe-t-il au sein de La Maison de David ? Que font toutes ces femmes auprès du prédicateur ? Quelle influence a-t-il sur elles ?

Laura Kasischke nous plonge dans la communauté créée par Benjamin Purnell. C’est une véritable ville avec ses maisons, son parc d’attractions, son équipe de baseball, que l’homme a fondée. Une ville dans laquelle évoluent des hommes et des femmes qui adulent Benjamin et auquel ce dernier promet vie et jeunesse éternelles. Des femmes surtout, c’est en tout cas de leur point de vue que l’auteur décide de nous raconter cette histoire. Des femmes habillées de blanc, symbole de pureté, qui se doivent d’offrir leur corps au Roi Benjamin. Le choix du point de vue est intéressant puisque il donne à voir le ressenti des adeptes et leur embrigadement et qu’il met en retrait la figure du maître de la secte.

Mais le récit est très court et l’on reste un peu sur notre faim alors que l’on souhaiterait passer plus de temps auprès de ces femmes pour comprendre ce qu’elles vivent, que l’on souhaiterait être témoin davantage de la folie de Benjamin Purnell pour comprendre les mécanismes de la secte. L’écriture de Laura Kasischke colle parfaitement à cette ambiance et aurait gagné à se développer sur un ouvrage plus conséquent et assumant davantage son aspect romancé.

« Benjamin croyait que le paradis devait avoir un parc d’attractions,
que si un jour leurs voisins ne voyaient plus d’un bon œil de vivre à proximité
d’une secte, ils apprécieraient sûrement les promenades en buggy,
le pop-corn au caramel, un endroit ombragé où boire une limonade
tout en écoutant une grande fanfare, un petit train
dans lequel traverser le parc. »

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Dictionnaire chic de littérature étrangère, Eric Neuhoff (éd. Ecriture)

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Éric Neuhoff est journaliste, critique littéraire et cinématographique. Il officie au Figaro et au Service littéraire, mais est également régulièrement présent au micro du « Masque et la plume ». Neuhoff est aussi romancier, auteur d’une vingtaine de livres. En 1996, il obtient le prix des Deux Magots pour son roman Barbe à papa, le prix Interallié en 1997 pour La Petite Française, et le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2001 pour Un bien fou. En 2014, il reçoit le prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco pour l’ensemble de son œuvre. Voilà de quoi lui donner une certaine légitimité pour figurer dans la collection des « Dictionnaires chics » des éditions Écriture. Cette collection accueille également un Dictionnaire chic de la littérature française, de la philosophie, du vin, et du cinéma (dont il est également l’auteur). Dictionnaire puisqu’évidemment les livres se présentent sous la forme d’un abécédaire. Chic, parce que les auteurs n’en manquent pas et que leurs sélections sortent souvent des sentiers battus. De A comme Adler à Y comme Yates, Éric Neuhoff dresse son propre inventaire de la littérature mondiale, en dehors de l’Hexagone.

Un dictionnaire chic aux formules chocs

C’est donc de littérature étrangère qu’Éric Neuhoff va nous parler dans ce livre, à travers un recueil de quelques-uns de ses articles parus dans Le Figaro, Madame Figaro et Service littéraire. La préface nous met très vite dans le bain, ce ne sera pas sans humour. Le voilà qui compare les auteurs étrangers aux migrants, ces formules chics (elles aussi !) mais surtout chocs sont un régal d’humour noir : « C’est pire que les migrants. Les livres étrangers entrent chez nous comme dans un moulin. On leur déroule le tapis rouge […]. Pas de Sangate pour eux. Dire que certains traitent les Français de xénophobes. Il n’y a pas plus ouvert, plus curieux que ce peuple qu’on accuse de tous les maux […]. Dans ma bibliothèque, des réfugiés se cachent par dizaines. J’espère que les pages qui suivent ne pousseront pas les autorités à les reconduire à la frontière. »

Les bons mots, les piques, les accroches saisissantes et les formules mémorables prouvent le talent de l’auteur et rythment chacune des critiques. Ainsi sur Salter : « On voit bien que James Salter a été pilote de chasse dans l’US Air Force. Quand il débarque, ce n’est pas pour plaisanter. Le voici de retour avec deux livres d’un coup. » De quoi capter l’attention du lecteur ! Ou encore, mais on doit s’arrêter là, car les exemples sont trop nombreux : « C’est peu dire qu’on a affaire à une famille dysfonctionnelle (quand l’auteur de ces lignes ne fait pas attention, c’est Marcel Rufo qui s’empare de la plume) » . La plume d’Éric Neuhoff permet de lire d’une traite un dictionnaire, et ce n’est pas rien !

La bibliothèque de la littérature-monde

Très vite, on découvre un certain penchant de l’auteur pour la littérature anglo-saxonne et particulièrement nord-américaine. Si les Yankees envahissent la plupart des pages, Éric Neuhoff cite des auteurs sud-américains (Fernanda Torres), allemands (Sascha Arango), espagnols (Luisa Etxenike), ou encore italien (Alessandro Baricco). Mais il n’y a rien à faire, les grands noms de la littérature américaine hantent toujours le lecteur qu’est Neuhoff et influencent les auteurs contemporains. On ne compte plus le nombre d’écrivains comparés à Fitzgerald, que l’auteur semble particulièrement admiré. Mais les auteurs toujours vivants et qui ont fait leur preuve inspirent également la nouvelle génération. Chez les femmes, la chef de file se nomme Joyce Carol Oates, bien classée parmi les auteurs les plus cités à travers l’ouvrage. L’index le prouve.

Se côtoient les grands noms de la littérature étrangère, parmi les plus connus, Hemingway, Fitzgerald, Roth, Carver et des auteurs que l’on découvre grâce à ce dictionnaire. C’est toujours avec beaucoup de respect qu’Éric Neuhoff parle de tous ces écrivains. Souvent avec beaucoup d’admiration, mais surtout une parfaite objectivité. Certaines critiques sont corrosives, sans être jamais assassines, l’humour l’emporte sur la malveillance : « Normalement, ce texte aurait dû être entouré de noir. Il s’agit d’un faire-part de décès. De profundis, Paul Auster. » Au sujet de Roth et de son roman Le Rabaissement, le critique ne mâche pas ses mots : « Les passages érotiques sont gênants de balourdise. On a du mal à ne pas y voir la patte d’un vieillard libidineux. Le ridicule n’est pas loin. Les personnages parlent comme dans les livres. Les dialogues sont pâteux, longuets, la prose claire, sobre, corsetée. » Qui aime bien, châtie bien !

Un voyage au cœur de la littérature étrangère

L’auteur ponctue certaines critiques d’anecdotes vécues par les auteurs, rendant les critiques plus riches encore. Certains écrivains se sont connus. On imagine Fitzgerald et Hemingway accoudés au comptoir d’une brasserie parisienne et parler femmes, séduction et mariage. On voit Kerouac et Burrough quitter San Francisco pour un séjour à Tanger. L’écriture d’Éric Neuhoff est vivante et lui permet de transporter ses lecteurs à travers différentes époques, de nous présenter les auteurs en tant qu’écrivains mais aussi en tant qu’hommes ou femmes. On doit par ailleurs à Éric Neuhoff une biographie de Sinatra (Histoire de Frank, 2003). Il montre ici son talent de biographe, de raconteur, sa précision dans le choix des anecdotes qui dévoileront des aspects parfois connus, souvent ignorés, de tous ces écrivains. Comme il l’écrit dans sa préface, Éric Neuhoff entretient une relation intime avec ses auteurs, la littérature sachant aisément quitter les rayonnages des librairies ou des bibliothèques pour s’imposer dans nos vies quotidiennes : « Je ne suis jamais allé à Vienne. Ça n’était pas la peine : John Irving m’y avait déjà servi de guide. William Boyd m’a entraîné en Afrique. Jim Harrison m’a présenté des grizzlis […]. Jay McInerney m’a introduit dans les clubs les plus fermés de Manhattan. »

Non content de se lier d’amitié avec des auteurs qui lui sont étrangers, il noue des relations similaires avec des personnages construits de toutes pièces par l’imagination redoutable des plus grands : « Je me suis saoulé avec Gatsby, un après-midi de canicule, dans une chambre du Plaza. Portnoy m’a appris à me masturber dans une tranche de foie de veau […]. À Central Park, j’ai croisé Holden Caulfield qui se demandait où allaient les canards en hiver, quand le lac est gelé […]. J’ai découpé des demoiselles à la scie en compagnie de Patrick Bateman. »

Dans ces critiques, Éric Neuhoff nous plonge en très peu de mots dans l’ambiance de chaque roman. Il évoque le style des auteurs et leurs thèmes de prédilection. On est loin du simple résumé ou de l’analyse linéaire. Neuhoff préfère nous faire pénétrer dans les romans. Les personnages en deviendraient presque ses propres personnages, à voir comment il les connaît et les décrit avec justesse. Il les fait siens tout comme les décors, les scènes, les détails, sans jamais trahir les auteurs, plongeant ainsi ses lecteurs la tête la première dans l’ouvrage conseillé (ou, plus rarement, déconseillé). À la lecture de ce dictionnaire, on ne peut s’empêcher de se précipiter sur son carnet, noter méticuleusement les ouvrages que l’on doit subitement et impérativement lire. Attention, la liste est interminable !

Une mondialisation de la littérature

Éric Neuhoff admire ces auteurs étrangers. Il envie la classe et la fulgurance anglaises de Barnes : « Il y a des jours comme ça où l’on a bien envie de changer de nationalité » . Il ne se limite pas à des qualificatifs admiratifs ni ne distribue simplement des bons points aux ouvrages qu’il juge méritants. Il a le don du compliment bien fait, original et imagé. Ainsi il écrit : « Les livres de Laurie Colwin sont des mots de passe. On ne les prête pas : on les offre parce qu’on est certain de ne jamais les récupérer. On les lit d’une traite. Ils sont séduisants, rapides, veloutés. » Ou encore lorsqu’il critique l’ouvrage du même auteur, Comment se dire adieu : « L’écrivain parle très bien des piscines, d’une longue nage solitaire dans un lac. C’est cela un romancier : quelqu’un qui pense dans ces cas-là à signaler que le maillot mouillé va abîmer les sièges de la voiture » .

L’auteur ne peut malgré tout s’empêcher quelques allusions à la littérature française. Il est indéniable que celle-ci a pu inspirer certains de ces grands auteurs et qu’elle-même porte également les traces de cette littérature mondiale. Pourquoi la mondialisation épargnerait cet art ? Il invoque souvent Modiano : « Comme Modiano, il [Fitzgerald] aime les listes de noms propres »  ; « Soudain l’ombre d’un Modiano qui aurait serré les boulons plane sur ces rendez-vous, ces quiproquos […] » (au sujet du livreExpo 58, de Jonathan Coe, p. 83) ; « Lucia Etxenike dresse l’inventaire de ces malentendus, avec un flou, une délicatesse à la Modiano » . Au détour d’une présentation de Jack Kerouac, il précise que ce dernier aimait Céline (et le vin de tokay !), et laisse deviner une admiration pour Alain-Fournier puisqu’il raconte que Kerouac avait volé un exemplaire du Grand Meaulnes à Hollywood. Il revient à Céline lorsqu’il présente Hubert Selby Jr. : « Ce n’est pas sans raison que l’on a souvent évoqué Céline, autre grand brûlé de l’intérieur, à propos de Selby, un Céline dont le Meudon se situerait à Los Angeles » . Marcel Aymé, Balzac, mais aussi Jean-Paul Belmondo, Charles Aznavour, évoqués çà et là, nous renvoient à notre bon vieux pays.

L’auteur ne précise pas s’il a d’abord découvert ces romans en langue originale ou dans leur version traduite, mais il se permet à quelques reprises des petites piques contre des traducteurs auxquels ont pu échapper quelques subtilités de langue : « On signalera toutefois au traducteur que les maisons de campagne contiennent rarement “des revues vieilles d’une décadeˮ. Dix jours, c’est peu, pour vieillir, même pour des journaux. Ah ces faux amis ! » .

Un dictionnaire sélectif

Éric Neuhoff présente dans ce dictionnaire des romans et des recueils de nouvelles, fait de la place aux romans d’espionnage (Le Carré), à la littérature Gonzo (Thompson) mais n’évoque ni la science-fiction, ni la fantasy. Ce dictionnaire ne se veut pas exhaustif (comment pourrait-il l’être ?), mais sélectif. Pour certains de ces écrivains, un seul livre est présenté, mais les plus prolifiques, les plus admirés par l’auteur, ont droit à un vrai catalogue : Fitzgerald, Hemingway, Hornby, Kerouac, Salter, Kasischke, Oates, Vidal…

Au détour d’entrées très classiques, on en croise certaines plus surprenantes : « Libraires (ode aux) », « Satires anglaises », « Marilyn Monroe », « Hollywood ». Déconcertant, oui, mais surtout terriblement chic ! L’occasion aussi d’aborder l’autre domaine de prédilection de l’auteur : le cinéma, sans que cela soit sans lien avec la littérature. Certains auteurs ont en effet pu arrondir leurs fins de mois grâce à l’écriture de scénarios pour Hollywood.

Le lecteur de ce Dictionnaire chic de littérature étrangère pourra regretter certaines absences : ça manque cruellement de Toni Morrisson, non ? Et pas un mot de Harper Lee et de son magistral Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ? Pour le réconforter, on ne pourra que lui conseiller d’établir son propre panthéon, après tout, c’est là toute la richesse de la littérature, elle est assez vaste pour que chacun puisse y trouver son propre bonheur.

Dans la sélection d’Éric Neuhoff, on trouve beaucoup d’auteurs qui partagent avec lui un humour affûté. Il cite Jim Harrison dans En route vers l’ouest : « Un nabab allemand si excentrique qu’en comparaison les dernières frasques de Howard Hugues ressemblent au lugubre train-train d’une Mary Poppins »  ; ou encore McEwan dans Opération Sweet Tooth qui offre une description savoureuse et très imagée de la peau des vieux : « Elle pendouille sur leur os, comme un blazer d’uniforme scolaire acheté une taille au-dessus pour durer plus longtemps » .

On trouverait presque dans ce dictionnaire la recette pour créer un chef-d’œuvre : prenez une héroïne à la Daisy Buchanan dans Gatsby le Magnifique, ajoutez le talent d’un Fitzgerald pour décrire les soirées mondaines, la violence d’un Bukowski, la psychologie d’une Joyce Carol Oates, plongez tout ça dans un Manhattan romantique et désabusé (comme dans un film de Woody Allen) et remuez bien. Observez le résultat et régalez-vous !

 

Critique publiée sur Nonfiction : http://www.nonfiction.fr/article-8182-une_invitation_au_voyage_litteraire.htm

 

 

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Janis Joplin, Jean-Yves Reuzeau, Folio biographies

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Janis Joplin naît le 19 janvier 1943 à Port Arthur, au Texas. Passionnée de musique et de dessin, la jeune femme ne se sent pas à sa place dans cette petite ville aux mentalités étriquées. Souvent rejetée, elle est élue « garçon le plus moche du campus », mauvaise blague qu’elle n’oubliera jamais et qui influencera sûrement son caractère et ses attitudes. Sa famille aimante et surtout très tolérante la laisse tenter sa chance dans la musique du côté de San Francisco. Même si le succès peine à arriver, Janis trouve sa place dans cet eldorado devenu le repère de toute une génération de jeunes idéalistes, révoltés contre la société de consommation, opposés à la guerre et à la recherche d’une liberté totale, du corps et de l’esprit.

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En route vers Woodstock : De Kerouac à Dylan, la longue marche des Babyboomers, Jean-Marc Bel (Le Mot et le Reste)

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Jean-Marc Bel dresse dans ce livre documentaire le portrait d’une génération d’Américains, la génération des babyboomers. Alors que Kennedy devient le 35e président des États-Unis, donnant à la jeunesse un brin d’espoir pour l’avenir, le rock’n roll voit le jour avec Bill Haley, Chuck Berry et bien sûr Elvis Presley. C’est une description aussi bien historique, politique, sociale, que musicale de toute une décennie. Lire la suite