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La fourmi rouge, Emilie Chazerand, 2017 (Sarbacane)

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Vania Strudel a 15 ans et elle déteste sa vie. Et il y a de quoi quand son prénom fait penser à des protections périodiques et son nom de famille à une pâtisserie allemande. Quand on vit seule avec son père taxidermiste. Quand son meilleur ami, Pierre-Rachid, sort avec Charlotte, la même qui nous maltraite depuis des années, celle qui, une fois, a mis du laxatif dans notre lait chaud. Quand notre meilleure amie pue. Attention, rien de méchant ici : elle pue car elle est atteinte du fish-odor syndrom ! Un jour, Vania reçoit un mail mystérieux. L’auteur anonyme la secoue, lui balance quelques vérités bien difficiles à encaisser et l’invite à devenir une fourmi rouge parmi les noires. De quoi chambouler encore plus la vie de l’adolescente.

Ce roman est un régal ! Vania est un personnage haut en couleur. Atypique avec son ptosis (la paupière de son œil gauche tombe) et sa maladresse, c’est une jeune fille très attachante. Alors certes ses réflexions et ses réparties sont parfois très dures. C’est qu’en bonne fourmi rouge, elle pique ! Mais derrière cette énorme carapace forgée de ses mensonges se cache une grande sensibilité. Et puis c’est une ado de 15 ans, ça lui donne le droit d’être extrême dans ses réactions ! Heureusement pour elle, malgré les épreuves qui s’enchaînent et lui tombent dessus, elle peut compter sur ses proches. Son père d’abord. Parfois maladroit, un peu loufoque, pas le genre qu’on a envie d’exhiber à ses amis à première vue, mais un homme au grand cœur qui a élevé seul sa fille, à l’écoute et prêt à accepter ses sautes d’humeur. Son voisin, ami depuis l’enfance, Pierre-Rachid, Pirach pour les intimes. Avec lui, elle a tout partagé, elle le connait par cœur. Même si elle peine à le reconnaître après les vacances d’été lorsqu’il se transforme en magnifique jeune homme. Manque de bol, c’est sur « CettepoufiassedeCharlotte » qu’il jette son dévolu ! Il y a aussi Victoire sa meilleure amie que la plupart des gens ne peuvent pas sentir (rapport au fait qu’elle sent le poisson !). Et enfin il y a Abraham Horowitz, 76 ans, et sa fille Rachel. Après une série d’AVC, Abraham a une activité cérébrale ralentie et ne parle pas. Vania est chargée de s’occuper de lui lorsque Rachel obtient des rendez-vous galants.

Dans ce roman, on suit Vania dans son quotidien, on s’amuse de ses maladresses, on s’agace parfois de ses colères et on espère qu’elle osera enfin affronter la vérité. Vérité que l’on ignore dans les premières pages et que l’auteur explicite au fur et à mesure. L’écriture est dynamique, fluide et ne tombe jamais dans la facilité. Les dialogues sont crédibles, on se plonge facilement et rapidement dans cet univers. D’ailleurs on a du mal à lâcher le roman une fois commencé ! L’auteur parvient à être à la fois juste, drôle et touchante. Une vraie réussite !

 “Tu as le droit d’être un individu à part entière plutôt qu’un vague point dans
la masse. Certes, nous sommes tous des fourmis, vus de la lune. Mais tu peux être
la rouge parmi les noires. Qu’est-ce que tu attends pour vivre ?! Plus tard c’est maintenant. Demain c’est tout de suite. Passe la seconde”

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Collaboration horizontale, Navie et Carole Maurel, 2017 (Delcourt)

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L’histoire se déroule à Paris, pendant l’Occupation allemande en 1942. De la guerre, des combats, nous ne verrons presque rien dans cette BD. L’intrigue prend place dans un immeuble. Dans un huis clos qui intensifie le sentiment de proximité, nous allons suivre le parcours de plusieurs personnages, principalement des femmes. Chacune de leurs histoires va mettre en lumière les conditions de vie sous l’Occupation. Place des femmes dans la société, homosexualité féminine, résistance, solidarité, traîtrise,… de nombreux aspects sont présentés. Mais le principal, celui qui donne son titre à cette BD, est l’histoire d’amour entre une Française et un soldat allemand. Rose se retrouve seule avec son fils Lucien, son mari étant au front. Alors qu’elle cache au soldat allemand qui sonne à sa porte la présence de Sarah et de son fils qu’elle protège, elle tombe sous son charme. Avec lui, elle redécouvre la passion et sa féminité. Mais il faut cacher à tous cette relation interdite. Difficile dans cet immeuble où chacun aime se mêler de la vie de son voisin… Parmi les autres habitants, il y a Judith et son mari Léon, qui surveille de près Rose ; Madame Flament une vieille dame qui perd la tête ; Joséphine, une très belle jeune fille dont les rêves de gloire se butent à la misogynie ambiante ; Simone, qui a le plus grand mal à révéler ses sentiments ou encore Camille, le mari de la concierge, un des rares hommes de cette histoire. Aveugle, il est pourtant celui qui observe le mieux ce petit monde.

Malgré les thèmes abordés, ce livre ne fait pas dans les bons sentiments. Le soldat allemand n’est pas transformé en gentil héros. Il conserve ses convictions. On ne s’attarde de toute façon pas sur lui, mais uniquement sur la relation amoureuse. Il n’y a pas non plus de bons ou de méchants. Il y a des gens qui vivent dans la peur, dans l’angoisse du lendemain et de l’inconnu. La plume de Navie retranscrit parfaitement ces sentiments. Chaque intrigue nous tient en haleine. L’écriture est sensible, sans tomber dans le pathos, romantique sans tomber dans le mièvre. Le scénario est bien construit. Seul bémol, on aimerait s’attarder plus sur chacun des personnages, mais il s’agit d’une intrigue « chorale », ce qui oblige à effleurer parfois certains sujets. Carole Maurel propose un univers très riche. Les couleurs nous renvoient dans l’époque de l’intrigue. Le trait délicat sait se faire fort quand les émotions l’imposent. L’illustratrice sort régulièrement du cadre pour des planches saisissantes de beauté et de sensibilité (notamment la rencontre entre Rose et le soldat).

On ne sort pas indemne de cette lecture. Même si l’on connaît la fin avant de la lire, on est malgré tout saisi par l’émotion.

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Les petites reines, Clémentine Beauvais, 2015 (Sarbacane)

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Cette année, Mireille Laplanche n’a pas gagné. Non, ce n’est pas elle le Boudin d’or. Elle est reléguée au rang de Boudin de bronze. Pendant trois années de suite, elle a pourtant remporté le premier prix. Cette fois, ce sont Hakima et Astrid les grandes gagnantes. Ces dernières sont désemparées face à la situation, contrairement à Mireille qui vit ça avec beaucoup d’autodérision. Les jeunes filles se rencontrent et décident – avec chacune une idée en tête – de se rendre à la Garden Party de l’Élysée… en vélo ! Les parents finissent par accepter, rassurés par la présence de Kader, le frère de Hakima (pour le plus grand plaisir de Mireille !). Pour financer leur road trip, elles cuisineront et vendront du boudin sur leur passage. Mais les jeunes filles n’avaient pas anticipé la médiatisation et ce qui allait en découler…

Dans ce roman, Clémentine Beauvais aborde de nombreux thèmes tous très sensibles avec beaucoup d’humour : harcèlement scolaire, handicap, diktat de la minceur, etc. L’intrigue est loufoque, peu réaliste, mais le ton de l’auteur, son style relevé et dynamique ainsi que le caractère bien trempé de son héroïne rendent cette lecture très prenante et très agréable. Mireille a un grand sens de la répartie et une franchise rafraichissante. Les personnages secondaires sont un peu écrasés par cette forte personnalité, ce qui est dommage. Hakima et Astrid ont pourtant un fort potentiel et pourraient être des personnages beaucoup plus riches. L’auteur veut aussi nous montrer que les trois filles vont grandir et mûrir pendant ce périple presque initiatique. L’évolution d’Astrid et Hakima m’a semblé plus subtile que celle de Mireille.

Ce roman a remporté de nombreux prix et a reçu des critiques élogieuses et bien méritées. On passe un très bon moment en compagnie des « trois boudins » : les réparties cinglantes de Mireille dédramatisent toutes les situations, leur amitié naissante nous touche et les situations auxquelles elles sont confrontées font écho à tout ce qu’on peut vivre dans notre quotidien. Un roman dans lequel un grand nombre d’adolescents devraient se retrouver et une lecture utile pour dédramatiser et apporter un peu de légèreté à de graves sujets.

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Dans les bois éternels, Fred Vargas, 2006 (Viviane Hamy)

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Des cerfs retrouvés morts et mutilés, une recette ancestrale d’un élixir de jeunesse, une infirmière « ange de la mort » échappée de prison et des souvenirs d’enfance : voilà à quoi sont confrontés le commissaire Adamsberg et son équipe dans ce dixième roman de Fred Vargas. Difficile de raconter l’histoire plus en détail sans trop en dévoiler.

Comme toujours dans un Vargas ce qui marque, c’est la finesse des dialogues et la composition des personnages. Le soin apporté à ces deux éléments crée une ambiance savoureuse. L’humour est présent sans prendre le pas sur l’enquête policière. Les personnages sont attachants, poétiques complètement atypiques. Le style est pétillant, le rythme ne retombe jamais.

Ce mélange équilibré entre une ambiance décalée, parfois absurde, et la brutalité des crimes commis donne tout son charme au roman.

La fin est bien menée. L’auteur arrive à nous surprendre lorsque l’on croit qu’elle suit des routes trop évidentes.

Une lecture agréable pour un bon moment entre humour et enquête policière.

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Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb, 2017 (Albin Michel)

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Marie est très jolie et elle le sait. Ce qui la rend heureuse, c’est de voir tous les regards tournés vers elle, l’envie et la jalousie qu’elle suscite. À 20 ans, Marie se marie et devient très vite mère. Sa fille Diane est une merveille. Marie comprend que désormais c’est sa fille qui va attirer tous les regards. Elle est folle de jalousie. Diane grandit donc sans l’amour maternel. Petite fille vive et intelligente, elle a très vite conscience de ce rejet et cherche à en trouver la cause. Quand son frère naît, en découvrant que sa mère l’aime, elle arrive à la conclusion que c’est parce qu’elle est une fille que sa mère la rejette. Mais quand la petite dernière voit le jour, rendant folle d’amour la mère, Diane ne comprend plus rien…
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Vernon Subutex 3, Virginie Despentes, 2017 (Grasset)

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Vernon Subutex revient dans un troisième tome. Après l’avoir découvert disquaire dans le tome 1 puis SDF et enfin gourou mystique dans le tome 2, les lecteurs avaient hâte de découvrir la suite de ses aventures.

Lorsque l’on retrouve Vernon Subutex et sa bande, tout semble aller pour le mieux. Vernon est toujours DJ et chaman lors de grands rassemblements nommés « convergences ». Pendant que Subutex mixe, les gens dansent, entrent en transe, communient. Ces soirées connaissent un petit succès et consolident les liens entre Vernon Subutex et sa bande : La Hyène, Pamela, Kiko et les autres. La rupture intervient lorsqu’on leur annonce la mort d’un des leurs et l’héritage qui en découlent. Subutex se méfie de ce cadeau dont il sait qu’il viendra bouleverser leur petite vie tranquille. Mais une menace plus grande pèse sur le roman. Dopalet cherche à se venger…

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Hortense, Jacques Expert, 2016 (Sonatine)

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Sophie Delalande mène une vie qu’elle pourrait qualifier elle-même d’insignifiante jusqu’à sa rencontre avec Sylvain, un homme très beau au charme magnétique. Flattée de plaire à un tel homme, Sophie ne se rend pas immédiatement compte qu’il profite d’elle et qu’elle est la victime d’un pervers narcissique. Lorsqu’elle lui annonce sa grossesse, Sylvain prend la fuite.

Sophie élève donc seule sa fille, Hortense. Elle se complaît dans cette relation exclusive, n’a pas d’amis, doit se forcer à maintenir un lien avec sa famille. Hortense est tout pour elle.

Un soir, Sylvain se rend chez Sophie, l’agresse et kidnappe Hortense, alors âgée de trois ans. Sophie est détruite. Elle s’éloigne de sa famille, tout aussi bouleversée par cette disparition. Elle accepte cependant l’aide de certains collègues, réunis en comité de soutien, qui lui conseillent de témoigner de son histoire à la télé. Mais pour l’aider, il y a surtout Isabelle, sa seule amie, qui la soutient depuis les premières menaces de Sylvain.

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