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Junky, William S. Burroughs, 1953 (Folio)

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Junky est publié en 1953. Il s’agit du premier livre de William S. Burroughs, un des membres fondateurs de la Beat Generation. C’est grâce à son ami Ginsberg que Burroughs parvient à publier son récit. Dans sa préface, Ginsberg rappelle le contexte d’écriture et de publication.

On suit dans ce roman l’errance et les expériences de drogue du double littéraire de l’auteur William Lee. On ne comprend pas bien ce qui pousse ce dernier à commencer la drogue. Lui non plus n’a pas l’air de bien comprendre ce qui l’y pousse. Commence alors une descente aux enfers. Loin d’être un récit misérabiliste, qui insisterait sur le pathos, le roman s’apparenterait presque à un documentaire. L’auteur y décrit les différentes drogues, les modes d’admission, les effets immédiats et les effets à long terme de façon clinique. Il se limite aux faits, entrant dans des détails surprenants comme le nombre de doses nécessaires avant d’atteindre l’addiction, les méthodes de sevrage, etc.

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C’est beau une ville la nuit, Richard Bohringer, 1990 (Folio)

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C’est beau une ville la nuit est un long poème en prose ponctué de paroles de chansons, de confessions, de cris du cœur. Richard Bohringer se raconte dans un récit sans linéarité, comme pour coller à une vie faite d’errance. Impossible de ne pas entendre la voix si particulière de l’acteur à la lecture de ses mots. Une voix et un style que l’on devine façonnés par les coups durs de la vie, une enfance sans parents, une rupture amoureuse, l’alcool, l’héroïne, les amis perdus. Richard Bohringer écrit comme il parle, sans fioritures, en toute franchise. On devine derrière les coups de gueule un cœur trop sensible, une personnalité à vif. Le style est saccadé, musical, comme du slam avant l’heure.

Richard Bohringer porte un regard touchant et empathique sur le monde et les hommes.

« Écrire relève de l’espérance. Tu mets la virgule là où tu veux que ça freine et le point là où tu veux que ça s’arrête. Quand tu veux laisser ton idée faire son chemin sans toi, tu rajoutes quelques points. Quand tu t’étonnes, tu peux t’exclamer, c’est pas obligé. Et puis le reste, tu laisses à ceux qui veulent tout expliquer. »

 « Vie je te veux. Je t’ai toujours voulue. J’avais pas le mode d’emploi. C’est pour ça que j’ai tant attendu. Pour te dire combien je t’aime. Comme si t’avais toujours eu ta place dans mon horizon. Mais comment faire pour t’aimer ? Vraiment t’aimer. »

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Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme, Bill Clegg, 2011 (Jacqueline Chambon)

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Bill Clegg, la trentaine, vit à Manhattan avec son petit ami Noah, réalisateur, et vient de créer avec une amie sa propre agence littéraire. En apparence, la vie de « Billy » a de quoi faire rêver. Sauf que ce récit autobiographique se concentre sur sa descente aux enfers. De junkie discret caché derrière l’apparence d’un jeune homme plein d’avenir à toxicomane coupé du monde et de ses proches,  Bill Clegg se livre avec une grande sincérité.

Comment expliquer cette addiction au crack ? L’auteur ne se risque pas à répondre à cette question mais envisage des pistes à travers des flash-backs sur son enfance, sa relation compliquée avec son père, ses premières amitiés, ses premières amours,… De sa descente aux enfers, il ne cache rien non plus. On le suit dans ces nombreuses chambres d’hôtel qui accueillent sa déchéance. On le voit prendre les mauvaises décisions, reculer quand on lui tend la main, chercher de la compagnie dans sa solitude, s’approvisionner dans des doses toujours plus folles, s’enliser dans la paranoïa, convaincu d’être poursuivi par les stups, par les « mal sapés ».

Le récit évite bien des pièges propres à ce type de confession. Il n’y a ni pathos ni sensationnalisme. L’auteur se livre avec sincérité et simplicité ; les faits sont décrits tels qu’ils sont. Bill Clegg ne cherche pas à donner de leçons ni même à justifier son passé. Son écriture frappe par son dépouillement. Les phrases sont brèves, le rythme est vif et s’accélère sur les dernières pages. Le lecteur est sous-tension, comme hypnotisé par cette lecture. Le contraste entre une écriture si triviale et les faits relatés est d’autant plus saisissant. Bill Clegg, au cours de cette descente aux enfers, risque de tout perdre : sa carrière professionnelle et sa vie amoureuse. Ses proches sont présents, Noah surtout, remarquable par sa patience et sa persévérance. Mais Billy sombre, ne peut plus se passer du crack qui occupe entièrement son esprit. Il dépense une fortune auprès de ses dealers, finit par oublier de prendre soin de lui, perd énormèment de poids et réalise très vite qu’il devient aux yeux des inconnus qu’il croise dans les rues de Manhattan un toxico.

C’est un livre coup de poing qui frappe par sa sincérité, une lecture bouleversante qu’on ne lâche pas. La descente aux enfers est rapide, saisissante. On se retrouve enfermé dans des chambres d’hôtel avec ce narrateur si attachant dont on souhaite qu’il sorte de cet enfer, embrûmé par les vapeurs du crack, asphyxié par l’atmosphère moite d’un Manhattan témoin de l’errance de l’auteur.

Il existe une suite à ce récit, 90 jours dans lequel l’auteur raconte son retour à New York après sa cure de désintoxication. Le film Keep the lights on est quant à lui le récit de ce même épisode mais à travers les yeux d’Ira Sachs, le petit ami de Bill Clegg, rebaptisé Noah dans le récit.