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Soif, Amélie Nothomb, 2019 (Albin Michel)

J’ai appris que le prix Goncourt aurait pu revenir à Soif d’Amélie Nothomb et je dois dire que je ne comprends pas très bien. Aurais-je sauté des pages, celles contenant les passages méritant que la critique s’y arrête ?

J’aime Amélie Nothomb. J’ai lu, dévoré, adoré la plupart de ses romans. Mais comme dans toute relation il y a eu des hauts et des bas. Beaucoup de bas ces dernières années, depuis Le fait du prince, je pense. Ces romans me paraissaient plus fades, je reconnaissais moins sa patte ou alors trop justement, je ne voyais plus que ces mécanismes d’écriture et plus aucune spontanéité. J’en ai boudé beaucoup jusqu’à Frappe-toi le cœur (que j’ai adoré).

Mais aucun de ses romans ne m’avait provoqué le même effet que Soif. Mon temps libre est rare en ce moment et donc assez précieux. Et je m’étais mis en tête de finir ce Nothomb après l’avoir commencé. Après tout, finir un Nothomb, ce n’est pas bien compliqué ! Sauf cette fois, cette fois où c’était excessivement laborieux. Ou j’étais en colère de perdre mon temps avec ce récit insipide. Alors oui le ton Nothomb est là tout comme les mots compliqués toutes les dix pages. Le point de départ est assez original : faire parler Jésus et lui faire raconter les heures qui suivent sa condamnation et précédent sa crucifixion. Mais rien ne ressort de cette idée. L’auteur tourne en boucle autour des réflexions de Jésus. Pas de quoi faire un roman en somme.

De là à bouder à nouveau ses prochains romans ? Pas sûr, car je crois qu’avec Nothomb la curiosité sera toujours plus forte.

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Eden Springs, Laura Kasischke, 2018 (Page à page)

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Printemps 1903. Un prédicateur tente d’échapper au scandale en installant sa communauté dans le Michigan. Le charismatique Benjamin Purnell promet la vie éternelle à ses adeptes, en particulier aux belles jeunes filles. Comment expliquer alors qu’une adolescente ait été enterrée ? Basé sur une histoire vraie, Eden Springs est enrichi de photos d’époque sélectionnées par Laura Kasischke.

Ce livre aborde des thèmes très présents dans l’œuvre de Laura Kasischke : le mystère, la féminité, l’adolescence ou encore la mort. À partir d’un fait réel, l’auteur développe un récit entre roman et documentaire. Des extraits d’articles de presse côtoient une fiction dans laquelle un fossoyeur découvre dans un cercueil le corps d’une jeune fille alors que la Maison de David, secte religieuse de Benjamin Purnell, a annoncé le décès d’une vieille femme. Le mystère s’épaissit alors. Que se passe-t-il au sein de La Maison de David ? Que font toutes ces femmes auprès du prédicateur ? Quelle influence a-t-il sur elles ?

Laura Kasischke nous plonge dans la communauté créée par Benjamin Purnell. C’est une véritable ville avec ses maisons, son parc d’attractions, son équipe de baseball, que l’homme a fondée. Une ville dans laquelle évoluent des hommes et des femmes qui adulent Benjamin et auquel ce dernier promet vie et jeunesse éternelles. Des femmes surtout, c’est en tout cas de leur point de vue que l’auteur décide de nous raconter cette histoire. Des femmes habillées de blanc, symbole de pureté, qui se doivent d’offrir leur corps au Roi Benjamin. Le choix du point de vue est intéressant puisque il donne à voir le ressenti des adeptes et leur embrigadement et qu’il met en retrait la figure du maître de la secte.

Mais le récit est très court et l’on reste un peu sur notre faim alors que l’on souhaiterait passer plus de temps auprès de ces femmes pour comprendre ce qu’elles vivent, que l’on souhaiterait être témoin davantage de la folie de Benjamin Purnell pour comprendre les mécanismes de la secte. L’écriture de Laura Kasischke colle parfaitement à cette ambiance et aurait gagné à se développer sur un ouvrage plus conséquent et assumant davantage son aspect romancé.

« Benjamin croyait que le paradis devait avoir un parc d’attractions,
que si un jour leurs voisins ne voyaient plus d’un bon œil de vivre à proximité
d’une secte, ils apprécieraient sûrement les promenades en buggy,
le pop-corn au caramel, un endroit ombragé où boire une limonade
tout en écoutant une grande fanfare, un petit train
dans lequel traverser le parc. »