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Soif, Amélie Nothomb, 2019 (Albin Michel)

J’ai appris que le prix Goncourt aurait pu revenir à Soif d’Amélie Nothomb et je dois dire que je ne comprends pas très bien. Aurais-je sauté des pages, celles contenant les passages méritant que la critique s’y arrête ?

J’aime Amélie Nothomb. J’ai lu, dévoré, adoré la plupart de ses romans. Mais comme dans toute relation il y a eu des hauts et des bas. Beaucoup de bas ces dernières années, depuis Le fait du prince, je pense. Ces romans me paraissaient plus fades, je reconnaissais moins sa patte ou alors trop justement, je ne voyais plus que ces mécanismes d’écriture et plus aucune spontanéité. J’en ai boudé beaucoup jusqu’à Frappe-toi le cœur (que j’ai adoré).

Mais aucun de ses romans ne m’avait provoqué le même effet que Soif. Mon temps libre est rare en ce moment et donc assez précieux. Et je m’étais mis en tête de finir ce Nothomb après l’avoir commencé. Après tout, finir un Nothomb, ce n’est pas bien compliqué ! Sauf cette fois, cette fois où c’était excessivement laborieux. Ou j’étais en colère de perdre mon temps avec ce récit insipide. Alors oui le ton Nothomb est là tout comme les mots compliqués toutes les dix pages. Le point de départ est assez original : faire parler Jésus et lui faire raconter les heures qui suivent sa condamnation et précédent sa crucifixion. Mais rien ne ressort de cette idée. L’auteur tourne en boucle autour des réflexions de Jésus. Pas de quoi faire un roman en somme.

De là à bouder à nouveau ses prochains romans ? Pas sûr, car je crois qu’avec Nothomb la curiosité sera toujours plus forte.

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Moi en double, Navie et Audrey Lainé, 2018 (Delcourt)

Moi-en-double

Navie est une femme grosse qui s’assume. C’est en tout cas l’image que renvoie cette jeune femme souriante et drôle, que l’on connaît comme chroniqueuse télé, animatrice de podcast, auteure et scénariste. Mais la réalité est tout autre. Navie souffre de ce corps et de sa relation malsaine à la nourriture. Un jour, elle découvre que son trouble alimentaire porte un nom : l’hyperphagie, “qui se caractérise par la prise alimentaire excessive et sur une courte durée.” La bande dessinée commence par la prise de conscience qui va changer la vie de l’auteure. Alors que son fils risque de se noyer, elle constate que son poids l’empêche de courir vers lui comme elle le souhaiterait. Plus de peur que de mal, Navie parvient à sauver son enfant mais elle décide que sa vie doit changer. C’est le récit de cette transformation qu’elle nous livre et qu’illustre avec talent Audrey Lainé.

Navie revient sur sa prise de poids rapide à l’âge de l’émancipation, sur le silence de ses proches sur ce sujet tabou, et sur ses tentatives ratées de régime. Un jour, une nutritionniste lui explique qu’elle porte sur ses épaules le poids moyen d’une femme de son âge. À partir de ce jour, Navie prend conscience de ce double avec laquelle elle vit. Ce double avec laquelle elle entretient une relation complexe, entre amour et haine, attachement et rejet.

La question à laquelle elle se retrouve vite confrontée une fois son combat contre son poids et sa maladie entrepris est comment apprendre à vivre sans ce double après tant d’années ? Ce qui rend ce témoignage si puissant, c’est l’angle original par lequel il est abordé. On s’attendrait dans un tel récit à une construction basique de prise de conscience puis combat contre les kilos pour enfin arriver à une fin heureuse. L’histoire de Navie nous montre que cela est bien plus complexe. La perte de poids n’est pas une fin en soi. Un tel changement physique bouleverse forcément toute une vie. Et c’est ce bouleversement qu’il faut apprivoiser.

Les illustrations d’Audrey Lainé se marient à merveille avec la sensibilité de l’auteur. En noir et blanc rehaussé de rouge, le dessin est libre, affranchi des cases pour s’adapter au mieux au récit et aux émotions. Cela donne beaucoup de rythme et de dynamisme. Qu’elles soient en pleine page ou en petites vignettes, les illustrations sont très expressives et retransmettent avec justesse la douleur, la lutte intense ou encore l’angoisse. Ce récit touchant et sincère, mis en avant par des illustrations tout aussi sensibles, est important pour saisir toute la complexité de ce trouble alimentaire dont on parle peu et pour découvrir que le plus dur n’est peut-être pas la perte de poids mais la vie après un tel bouleversement.

« Si tu as déjà eu peur du regard des autres, si tu as déjà mangé pour aller mieux, si tu as fait n’importe quoi pour qu’on t’aime, […] si t’as déjà fait croire que tout allait bien alors que dans ton cœur le Titanic sombrait […], si tu n’as jamais fixé ton reflet en te déclarant : je t’aime… Ce livre est pour toi. »

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Nymphéas noirs, Michel Bussi, 2013 (Pocket)

9782258088269

Dès le début du roman, le lecteur est averti : deux des trois personnages féminins que nous allons rencontrer vont mourir. Le premier drame qui touche Giverny est pourtant l’assassinat de Jérôme Morval. Ce Normand était un amateur d’art et de femmes. Ses relations avec des marchants de tableaux et ses liaisons extraconjugales sont les premières pistes qui s’imposent à l’inspecteur Sérénac, fraîchement débarqué dans la région, et son adjoint Bénavides.

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