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Plus rien que les vagues et le vent, Christine Montalbetti, P.O.L

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Un Français débarque à Cannon Beach, petite ville de la côte ouest des États-Unis. De cet homme, on ne sait rien, ni son nom, ni ce qui le conduit ici. Le fait est qu’il se trouve dans cette ville, que sur cette ville pèse la menace constante d’un océan déchaîné, mais aussi d’un volcan qui, quelques années plus tôt s’est réveillé, alors que plus personne ne s’y attendait. Comme refuge, il y a le bar de Moses, où l’on rencontre trois hommes, Colter, Shannon et Harry Dean, aux destins cabossés, qui se retrouvent là à boire et parler tous les soirs, intégrant peu à peu l’oreille attentive de notre Français. Celui-ci, narrateur, nous prend à témoin. Il nous installe près de lui pour nous raconter son histoire. Il en perd le fil souvent, et de digressions en digressions, il pose le décor et les personnages. Il relate les confidences de ces trois hommes, répète ce qu’il a entendu, suggère ce qu’il a cru comprendre ou ce qu’il peut imaginer des non-dits. Dès le début, il confesse qu’il aurait pu prévoir la suite, qu’il aurait dû se méfier. Il faudra attendre les derniers chapitres pour la révélation.

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Vernon Subutex 2, Virginie Despentes (Grasset)

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Après un premier tome prometteur et largement salué par la critique, Virginie Despentes revient avec Vernon Subutex 2.

L’ancien disquaire se retrouve à la rue après avoir profité de l’hospitalité offerte plus ou moins de bon cœur par ses proches. Rongés par l’inquiétude et la culpabilité, ces derniers partent à sa recherche. Autre objet de convoitise, les enregistrements-testaments de la rockstar Alex Bleach. La Hyène à qui Dopalet à confier la mission de les retrouver ne s’attend pas à ce qu’elles contiennent de telles révélations. Faut-il donner les cassettes à Dopalet ou bien informer ce groupe improbable qui colle au basque de Vernon après l’avoir retrouvé au parc des Buttes-Chaumont ?

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Vernon Subutex I, Virginie Despentes

Vernon Subutex est fan de musique, de rock en particulier. À l’époque, il possédait un magasin de disques qui attirait d’autres passionnés. Aujourd’hui, Vernon a une quarantaine d’années, plus de travail (crise du disque oblige) et plus de logement. Il se voit obligé de reprendre contact avec d’anciennes connaissances (ceux qui restent, car les plus proches sont partis), pour pouvoir se loger et survivre tant bien que mal. Ces dernières années, Alex Bleach, rockstar ultra-populaire, était là pour le dépanner en cas de besoin, mais ce dernier vient de mourir d’une overdose. Vernon se retrouve avec des vidéos confidences du chanteur, ce qui, sans qu’il s’en doute, va faire de lui un homme très recherché.

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J’ai lu tous les romans de Virginie Despentes, que j’ai aimés, voire adorés, sans exception. C’est donc avec une grande impatience que j’attendais celui-ci, que j’ai acheté le jour même de sa parution.

On retrouve l’auteur avec ses sujets phares et ses angoisses tenaces : le rock’n’roll, le sexe, les addictions, la société et ses marginaux mais aussi ses hypocrites, la mort et la maladie. Pourtant, très vite, on se rend compte que Virginie Despentes a évolué. Son écriture reste directe, les mots sont crus, les dialogues sont trash, sa plume toujours assassine mais la mélancolie s’est installée. Comme une résignation sur ce monde et cette société qu’elle a longtemps décortiqués, mal digérés et violentés. Mais il y a aussi de la tendresse, à la sauce Despentes bien sûr, rien de mièvre. L’auteur semble avoir beaucoup d’affection pour son personnage principal, Vernon Subutex. Après avoir mené une vie rock’n’roll, celui est confronté à la mort de ses amis les plus proches, et donc à la sienne inévitablement, et à la pauvreté. Pourtant, il tient bon, mangeant peu, fumant moins, survivant comme il peut. Jusqu’au jour où il perd son logement et doit se résigner à taper aux portes d’anciens amis, habitués de son magasin. Vernon est un type sympa, qui ne veut pas d’histoire, et qui surtout s’efface devant la formidable galerie de portraits que dresse Virginie Despentes. Ses hôtes, mais aussi ses rencontres, sont disséqués par l’auteur qui, à son habitude, donne vie à ses personnages avec talent. Chacun d’eux représente un stéréotype de la société. N’allait pas croire que Despentes décrit des clichés. Ces gens-là, telle qu’elle les dépeint, pourraient être nos voisins, les gens derrière nous dans la file d’attente, nos collègues de travail. Leurs peurs et leurs frustrations sont réelles. Certains sont odieux, ont des pensées, des comportements répugnants, mais attirent, pour la plupart, plus de pitié que de haine. C’est que la vie est passée sur eux, détruisant des espoirs, des rêves, des passions. Ils restent debout, fiers et bouffis d’orgueil.

Virginie Despentes ne s’arrête pas à une simple galerie de personnages. En filigrane, une intrigue se dessine. Certains parlent de polar, j’avoue avoir échappé à cette dimension, mais il ne s’agit que du premier tome. On ignore pourquoi les enregistrements d’Alex Bleach sont aussi convoités même si peu à peu les liens entre les différents personnages se dessinent. Une chose est sûre, le roman est prenant. C’est qu’on s’attache à Vernon et qu’on s’inquiète de le voir sombrer dans la misère. On s’attache aussi à tous ces personnages exubérants, insupportables, touchants.

Même si la rage de Virginie Despentes semble apaisée, elle n’en a pas perdu son regard lucide sur la société. Elle décrit avec justesse les réseaux sociaux, ces nouveaux liens qui sont apparus dans notre société. Elle ne le fait pas comme une femme aigrie et dépassée, mais là encore avec justesse. L’auteur parle aussi de racisme, d’homosexualité, de transsexualité, de chômage, de cinéma, d’édition, de finance, tout y passe. Le style reste vif, le découpage en chapitres, suivant chacun un personnage dans ses pensées les plus intimes, donne du rythme au roman. Puisque Vernon est disquaire, parfois DJ, et que le rock lie tous ces personnages, on trouve beaucoup de références musicales, qui viennent compléter les descriptions des personnages. Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es.

Je ne peux que recommander cette lecture, que vous connaissiez ou non l’œuvre de Despentes. Les habitués replongeront avec plaisir dans son univers ; les autres découvriront une auteur énervée, mais apaisée, voire résignée.