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Vernon Subutex 3, Virginie Despentes, 2017 (Grasset)

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Vernon Subutex revient dans un troisième tome. Après l’avoir découvert disquaire dans le tome 1 puis SDF et enfin gourou mystique dans le tome 2, les lecteurs avaient hâte de découvrir la suite de ses aventures.

Lorsque l’on retrouve Vernon Subutex et sa bande, tout semble aller pour le mieux. Vernon est toujours DJ et chaman lors de grands rassemblements nommés « convergences ». Pendant que Subutex mixe, les gens dansent, entrent en transe, communient. Ces soirées connaissent un petit succès et consolident les liens entre Vernon Subutex et sa bande : La Hyène, Pamela, Kiko et les autres. La rupture intervient lorsqu’on leur annonce la mort d’un des leurs et l’héritage qui en découlent. Subutex se méfie de ce cadeau dont il sait qu’il viendra bouleverser leur petite vie tranquille. Mais une menace plus grande pèse sur le roman. Dopalet cherche à se venger…

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C’est beau une ville la nuit, Richard Bohringer, 1990 (Folio)

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C’est beau une ville la nuit est un long poème en prose ponctué de paroles de chansons, de confessions, de cris du cœur. Richard Bohringer se raconte dans un récit sans linéarité, comme pour coller à une vie faite d’errance. Impossible de ne pas entendre la voix si particulière de l’acteur à la lecture de ses mots. Une voix et un style que l’on devine façonnés par les coups durs de la vie, une enfance sans parents, une rupture amoureuse, l’alcool, l’héroïne, les amis perdus. Richard Bohringer écrit comme il parle, sans fioritures, en toute franchise. On devine derrière les coups de gueule un cœur trop sensible, une personnalité à vif. Le style est saccadé, musical, comme du slam avant l’heure.

Richard Bohringer porte un regard touchant et empathique sur le monde et les hommes.

« Écrire relève de l’espérance. Tu mets la virgule là où tu veux que ça freine et le point là où tu veux que ça s’arrête. Quand tu veux laisser ton idée faire son chemin sans toi, tu rajoutes quelques points. Quand tu t’étonnes, tu peux t’exclamer, c’est pas obligé. Et puis le reste, tu laisses à ceux qui veulent tout expliquer. »

 « Vie je te veux. Je t’ai toujours voulue. J’avais pas le mode d’emploi. C’est pour ça que j’ai tant attendu. Pour te dire combien je t’aime. Comme si t’avais toujours eu ta place dans mon horizon. Mais comment faire pour t’aimer ? Vraiment t’aimer. »

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California Dreamin’, Pénélope Bagieu (Gallimard)

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En 1965, The Mamas & The Papas deviennent célèbres grâce à leur tube California Dreamin’. Si l’on connaît la chanson, on sait généralement peu de chose sur le groupe constitué de John Phillips, Cass Elliot, Denny Doherty et Michelle Phillips. Pénélope Bagieu nous invite à découvrir l’itinéraire de celle qui deviendra la très charismatique Mama Cass.

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Janis Joplin, Jean-Yves Reuzeau, Folio biographies

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Janis Joplin naît le 19 janvier 1943 à Port Arthur, au Texas. Passionnée de musique et de dessin, la jeune femme ne se sent pas à sa place dans cette petite ville aux mentalités étriquées. Souvent rejetée, elle est élue « garçon le plus moche du campus », mauvaise blague qu’elle n’oubliera jamais et qui influencera sûrement son caractère et ses attitudes. Sa famille aimante et surtout très tolérante la laisse tenter sa chance dans la musique du côté de San Francisco. Même si le succès peine à arriver, Janis trouve sa place dans cet eldorado devenu le repère de toute une génération de jeunes idéalistes, révoltés contre la société de consommation, opposés à la guerre et à la recherche d’une liberté totale, du corps et de l’esprit.

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Vernon Subutex 2, Virginie Despentes (Grasset)

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Après un premier tome prometteur et largement salué par la critique, Virginie Despentes revient avec Vernon Subutex 2.

L’ancien disquaire se retrouve à la rue après avoir profité de l’hospitalité offerte plus ou moins de bon cœur par ses proches. Rongés par l’inquiétude et la culpabilité, ces derniers partent à sa recherche. Autre objet de convoitise, les enregistrements-testaments de la rockstar Alex Bleach. La Hyène à qui Dopalet à confier la mission de les retrouver ne s’attend pas à ce qu’elles contiennent de telles révélations. Faut-il donner les cassettes à Dopalet ou bien informer ce groupe improbable qui colle au basque de Vernon après l’avoir retrouvé au parc des Buttes-Chaumont ?

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En route vers Woodstock : De Kerouac à Dylan, la longue marche des Babyboomers, Jean-Marc Bel (Le Mot et le Reste)

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Jean-Marc Bel dresse dans ce livre documentaire le portrait d’une génération d’Américains, la génération des babyboomers. Alors que Kennedy devient le 35e président des États-Unis, donnant à la jeunesse un brin d’espoir pour l’avenir, le rock’n roll voit le jour avec Bill Haley, Chuck Berry et bien sûr Elvis Presley. C’est une description aussi bien historique, politique, sociale, que musicale de toute une décennie. Lire la suite

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Vernon Subutex I, Virginie Despentes

Vernon Subutex est fan de musique, de rock en particulier. À l’époque, il possédait un magasin de disques qui attirait d’autres passionnés. Aujourd’hui, Vernon a une quarantaine d’années, plus de travail (crise du disque oblige) et plus de logement. Il se voit obligé de reprendre contact avec d’anciennes connaissances (ceux qui restent, car les plus proches sont partis), pour pouvoir se loger et survivre tant bien que mal. Ces dernières années, Alex Bleach, rockstar ultra-populaire, était là pour le dépanner en cas de besoin, mais ce dernier vient de mourir d’une overdose. Vernon se retrouve avec des vidéos confidences du chanteur, ce qui, sans qu’il s’en doute, va faire de lui un homme très recherché.

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J’ai lu tous les romans de Virginie Despentes, que j’ai aimés, voire adorés, sans exception. C’est donc avec une grande impatience que j’attendais celui-ci, que j’ai acheté le jour même de sa parution.

On retrouve l’auteur avec ses sujets phares et ses angoisses tenaces : le rock’n’roll, le sexe, les addictions, la société et ses marginaux mais aussi ses hypocrites, la mort et la maladie. Pourtant, très vite, on se rend compte que Virginie Despentes a évolué. Son écriture reste directe, les mots sont crus, les dialogues sont trash, sa plume toujours assassine mais la mélancolie s’est installée. Comme une résignation sur ce monde et cette société qu’elle a longtemps décortiqués, mal digérés et violentés. Mais il y a aussi de la tendresse, à la sauce Despentes bien sûr, rien de mièvre. L’auteur semble avoir beaucoup d’affection pour son personnage principal, Vernon Subutex. Après avoir mené une vie rock’n’roll, celui est confronté à la mort de ses amis les plus proches, et donc à la sienne inévitablement, et à la pauvreté. Pourtant, il tient bon, mangeant peu, fumant moins, survivant comme il peut. Jusqu’au jour où il perd son logement et doit se résigner à taper aux portes d’anciens amis, habitués de son magasin. Vernon est un type sympa, qui ne veut pas d’histoire, et qui surtout s’efface devant la formidable galerie de portraits que dresse Virginie Despentes. Ses hôtes, mais aussi ses rencontres, sont disséqués par l’auteur qui, à son habitude, donne vie à ses personnages avec talent. Chacun d’eux représente un stéréotype de la société. N’allait pas croire que Despentes décrit des clichés. Ces gens-là, telle qu’elle les dépeint, pourraient être nos voisins, les gens derrière nous dans la file d’attente, nos collègues de travail. Leurs peurs et leurs frustrations sont réelles. Certains sont odieux, ont des pensées, des comportements répugnants, mais attirent, pour la plupart, plus de pitié que de haine. C’est que la vie est passée sur eux, détruisant des espoirs, des rêves, des passions. Ils restent debout, fiers et bouffis d’orgueil.

Virginie Despentes ne s’arrête pas à une simple galerie de personnages. En filigrane, une intrigue se dessine. Certains parlent de polar, j’avoue avoir échappé à cette dimension, mais il ne s’agit que du premier tome. On ignore pourquoi les enregistrements d’Alex Bleach sont aussi convoités même si peu à peu les liens entre les différents personnages se dessinent. Une chose est sûre, le roman est prenant. C’est qu’on s’attache à Vernon et qu’on s’inquiète de le voir sombrer dans la misère. On s’attache aussi à tous ces personnages exubérants, insupportables, touchants.

Même si la rage de Virginie Despentes semble apaisée, elle n’en a pas perdu son regard lucide sur la société. Elle décrit avec justesse les réseaux sociaux, ces nouveaux liens qui sont apparus dans notre société. Elle ne le fait pas comme une femme aigrie et dépassée, mais là encore avec justesse. L’auteur parle aussi de racisme, d’homosexualité, de transsexualité, de chômage, de cinéma, d’édition, de finance, tout y passe. Le style reste vif, le découpage en chapitres, suivant chacun un personnage dans ses pensées les plus intimes, donne du rythme au roman. Puisque Vernon est disquaire, parfois DJ, et que le rock lie tous ces personnages, on trouve beaucoup de références musicales, qui viennent compléter les descriptions des personnages. Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es.

Je ne peux que recommander cette lecture, que vous connaissiez ou non l’œuvre de Despentes. Les habitués replongeront avec plaisir dans son univers ; les autres découvriront une auteur énervée, mais apaisée, voire résignée.