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Blankets, Craig Thompson, 2004 (Casterman)

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Dans ce roman graphique colossal (pas moins de 590 pages), Craig Thompson revient sur son enfance et son adolescence dans le Wisconsin. Élevé par des parents catholiques, Craig partage son enfance avec son petit frère Phil. La religion tient une place très importante dans sa famille. Très vite, Craig découvre les notions de péché, de rédemption, de Bien et de Mal. Il grandit dans une grande culpabilité pour n’avoir pas su protéger son petit frère lors d’un événement traumatisant. Adolescent, Craig porte les marques de son enfance et de ses traumatismes. Timide, solitaire, il est souvent maltraité par ses camarades, aussi bien au lycée que lors des camps de vacances organisés par la paroisse. C’est lors d’un de ces camps qu’il rencontre Raina. Une histoire d’amour naît alors entre les deux adolescents. Les parents de Craig, loin de se douter de leur relation, autoriseront leur fils à passer deux semaines dans la famille de Raina. Le jeune homme découvre alors le quotidien difficile de sa bien-aimée : des parents au bord du divorce, une sœur qui vient d’avoir un enfant dont elle confie régulièrement la garde à Raina pour prendre le large, ainsi qu’un frère et une sœur adoptifs retardés mentaux.

Les illustrations en noir et blanc, avec une place importante accordée au noir, les paysages enneigés, les coins isolés et reculés des États-Unis, tout ici amplifie le sentiment d’étouffement. Craig grandit dans un environnement envahi par la religion et par ses lois, avec la Bible comme livre de chevet. L’auteur insiste tout au long de son œuvre sur l’importance qu’a eu son éducation religieuse. À la narration de son histoire d’amour avec Raina se mêle des passages de la Bible dans lesquels il se met régulièrement en scène. Chaque découverte initiatique, sensuelle ou sentimentale fait écho à des préceptes religieux qui l’enferment et le culpabilisent. Lorsqu’il sort de son environnement familial pour rejoindre le cadre scolaire, il se heurte cette fois à l’étroitesse d’esprit de ses camarades. Pour se libérer, Craig se découvre une passion pour le dessin. L’art lui permet d’exprimer ce à quoi il s’interdit lui-même de penser.

Sa rencontre avec Raina agira dans un premier temps comme une délivrance. Ayant grandi avec la même éducation religieuse, la jeune fille respire pourtant la liberté. Elle offre à Craig un nouveau souffle. Lorsqu’on en découvre un peu plus sur elle, on se rend pourtant très vite compte qu’elle est loin de vivre une adolescence insouciante. Obligée de prendre très vite des responsabilités, elle semble être le seul élément stable de sa famille. Raina est tout pour Craig, et il voudrait être tout pour elle. Son besoin d’amour est plutôt malsain puisqu’il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas lui suffire. Peu à peu on comprend l’image mystique de Raina. Elle est sa déesse, sa passion, son Idole. Elle le détache de la religion, mais cet éloignement passe par un transfert. Raina de son côté ressent une trop forte pression d’autant plus que sa vision du couple est mise à mal par la réalité du divorce de ses parents. En s’éloignant de la religion, puis de Raina, Craig va s’ouvrir au monde. Il commence par renouer le dialogue avec son frère alors que leurs relations semblent être devenues inexistantes à l’adolescence, eux qui partageaient enfants leurs jeux, bêtises et aventures.

Le style graphique de Craig Thompson est puissant. Le soin accordé à la mise en scène est impressionnant. Chaque détail a son importance, chaque interruption de la réalité par le rêve prend sens. Pourtant je n’ai pas été aussi bouleversée que je m’y attendais par cette lecture… Je n’ai ressenti aucune compassion pour le personnage devenu adolescent. Le but de l’auteur n’étant certainement pas d’attirer la pitié sur son passé, en ce sens on peut dire que c’est réussi ! Mais cela m’a empêché de comprendre la plupart de ses réactions. Par ailleurs, j’ai été oppressée tout au long de la lecture. La vie des deux héros est remplie de drames, leur quotidien m’a semblé profondément triste et étouffant. Même leur histoire d’amour m’a semblé avoir un goût de mélancolie, une absence presque totale de liberté. J’ai repris mon souffle en fermant le livre.

 

« La nuit couché sur le dos en regardant la neige tomber,
c’est facile de s’imaginer s’envolant au milieu des étoiles. »

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Les Equinoxes, Cyril Pedrosa, 2015 (Dupuis)

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Les Equinoxes est une bande dessinée qui alterne des planches traditionnelles où le texte, rare mais toujours percutant, sert un dessin expressif, des dessins sans texte et de longs passages narratifs. Dans cette longue œuvre atypique de 330 pages, Cyril Pedrosa aborde des thèmes aussi divers que le militantisme, les relations père-fille, l’amitié, la solitude. Il met en scène un grand nombre de personnages qui se croisent parfois et qui tous traversent des moments de doute et de confusion.

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California Dreamin’, Pénélope Bagieu (Gallimard)

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En 1965, The Mamas & The Papas deviennent célèbres grâce à leur tube California Dreamin’. Si l’on connaît la chanson, on sait généralement peu de chose sur le groupe constitué de John Phillips, Cass Elliot, Denny Doherty et Michelle Phillips. Pénélope Bagieu nous invite à découvrir l’itinéraire de celle qui deviendra la très charismatique Mama Cass.

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Wake up America : 1940-1960, Nate Powell, Andrew Aydin, John Lewis (Rue de Sèvres)

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Nous sommes le 20 janvier 2009 et Barack Obama s’apprête à prononcer son discours d’investiture. Le député John Lewis se prépare pour assister à l’événement au côté de sa sœur Rosa lorsqu’il est interrompu par une femme accompagnée de ses deux enfants. Celle-ci, très émue par cette rencontre, souhaite faire connaître à ses deux fils l’histoire du mouvement des droits civiques aux États-Unis, en leur présentant l’une des figures emblématiques de la lutte.

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