0

Cher corps, Léa Bordier, 2019 (Delcourt)

Cher corps, témoignages recueillis par Léa Bordier, illustré par : Karensac, Ève Gentilhomme, Cy, Marie Boiseau, Sibylline Meynet, Mirion Malle, Anne-Olivia Messana, Daphné Collignon, Carole Maurel, Lucile Gomez, Mademoiselle Caroline, Mathou

cherCorps.jpg

Adaptée de la série de vidéos Cher corps réalisés par Léa Bordier, le livre parvient à retranscrire la même bienveillance. Et le pari était pourtant risqué ! Cher corps, c’est quoi ? Initialement, ce sont des interviews de femmes, de tous âges, de tous horizons, qui parlent de leur rapport à leurs corps, à leurs complexes, devant la caméra de Léa Bordier. L’image est belle, la musique est douce, les plans honnêtes et intimes sans jamais être impudiques.

Retranscrits dans une bande dessinée, ces témoignages conservent toute leur puissance. Chacun est confié à une illustratrice différente et la rencontre entre la voix et le crayon fonctionne à tous les coups, comme si ces couples étaient faits pour être formés.

Ce qui frappe à la lecture de ce livre, c’est la diversité : diversité des corps, diversité des complexes, des traumatismes, des histoires vécues, des rapports au corps. Pour rendre compte de cette diversité, rien de mieux que miser sur la diversité des styles graphiques ! Toutes ces façons très différentes de retranscrire les témoignages rappellent qu’il n’y a pas de voix unique, pas de femme unique, pas de corps unique. Mais on est loin de l’individualisme pour autant. C’est une dynamique de sororité qui ressort de ces histoires : s’entendre et s’écouter, faire passer ces messages par la vidéo ou l’illustration, pour que chacune, spectatrice ou lectrice, se sente moins seule et se réconcilie avec ce cher corps.

 

0

Junky, William S. Burroughs, 1953 (Folio)

41meoge1qql-_sx302_bo1204203200_

 

Junky est publié en 1953. Il s’agit du premier livre de William S. Burroughs, un des membres fondateurs de la Beat Generation. C’est grâce à son ami Ginsberg que Burroughs parvient à publier son récit. Dans sa préface, Ginsberg rappelle le contexte d’écriture et de publication.

On suit dans ce roman l’errance et les expériences de drogue du double littéraire de l’auteur William Lee. On ne comprend pas bien ce qui pousse ce dernier à commencer la drogue. Lui non plus n’a pas l’air de bien comprendre ce qui l’y pousse. Commence alors une descente aux enfers. Loin d’être un récit misérabiliste, qui insisterait sur le pathos, le roman s’apparenterait presque à un documentaire. L’auteur y décrit les différentes drogues, les modes d’admission, les effets immédiats et les effets à long terme de façon clinique. Il se limite aux faits, entrant dans des détails surprenants comme le nombre de doses nécessaires avant d’atteindre l’addiction, les méthodes de sevrage, etc.

Lire la suite

0

En finir avec Eddy Bellegueulle, Edouard Louis (Points)

1507-1

L’auteur, Edouard Louis, assume et affirme le caractère autobiographique de son premier roman. Il y raconte son enfance et son adolescence dans un petit village Picard. On y rencontre sa famille : ses frères et sœurs ; son père qui travaille comme tous les hommes du village à l’usine, jusqu’au jour où une blessure au dos le conduit au chômage et à l’alcoolisme ; sa mère, qui travaille comme aide à domicile, élève ses cinq enfants et tient la maison. Eddy est différent des autres garçons qui l’entourent et ne rentre pas dans les codes de son monde. On le trouve bizarre, il est efféminé et préfère la compagnie des filles. Il vit l’enfer à l’école où deux élèves le harcèlent, l’insultent, le battent chaque jour. Hors de question de montrer qu’il souffre ou de laisser paraître ce qu’il a compris depuis longtemps : son homosexualité. Sa vie se résume à nier ce qu’il est. Il sourit pour ne pas décevoir ses harceleurs, se trouve des petites copines, fait tant bien que mal ce qu’on attend de la part d’un garçon de son âge, mais il finit toujours pas être rattrapé par la réalité.

Lire la suite